En terre inconnue

Umberto Eco, dans un congrès en 2012, revient sur son passé  : " Petit garçon, je rêvais dans les atlas. J'imaginais des voyages et des aventures en des terres exotiques ou alors je devenais un conquérant perse qui parcourait les steppes de l'Asie centrale. C'est sans doute pourqoi j'ai décidé, adulte de visiter tous les lieux dont le nom avait jadis frappé mon imagination, Samarkand,  Tombouctou ou la Desirade...

La Désirade fut la première terre aperçue  par Cristophe Colomb et ses marins au cours de son deuxième voyage vers les Indes.L'île devrait son nom au soulagement des membres de l'équipage apercevant la première terre ferme depuis leur départ des îles Canaries. Ils s'écrièrent donc : « Oh île tant désirée... »

Petit conte antillais

 

On ne sait pas que les oiseaux de la Désirade viennent se percher sur les verres de punch et se pencher sur les glaçons pour en extraire quelques gouttes de sucre...


D'ailleurs, peu importe qu'il s'agisse d'un pti punch, soit deux tiers de rhum, un tiers de sucre de canne et du citron vert ou bien un punch planteur avec un peu de rhum et beaucoup de jus de fruits....

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Petite leçon de choses

En arrivant sur l'île, plusieurs essences d'arbres inconnus se présentèrent aux marins :

- le mancenillier, dont les feuilles recueillent l'eau de pluie qui, si elle tombe sur la main brûle les tissus et même les yeux, s'ils sont touchés. ..

- l'arbre d'Eden a des feuilles au goût d'anis et de gingembre; elles ont des vertus médicinales. En tisane, elles sont recommandées pour les yeux et contre la fièvre...

- l'arbre des voyageurs a une sève abondante et potable, ce qui permet au voyageur de se désaltérer...

- l'arbre à pain, originaire de Polynésie,  importé aux Antilles au 18ème siècle. C'est un arbre majestueux de 15 à 20m de haut avec des feuilles profondément découpées. Au milieu d'un massif d'arbres, cocotiers ou bois de rose, il est facile de le reconnaître avec ses fruits qui
s'apparentent au manioc...

  • Palmier et bougainvillée

  • Palmier et jonc tressé

  • L'arbre des voyageurs

Au large de la Désirade

 

Deux vendeurs de miel se sont installés encore sous un autre arbre, le raisinier et ils ont parlé de la Soufrière, ce volcan de la Guadeloupe,  encore en activité...

" Mais pourquoi veux-tu monter là-haut, demande l'un, celui qui met du gingembre coupé en fines lamelles pour donner un goût unique à son miel ? Le chemin est plein de cailloux et il n'y a pas de place pour poser le pied, égaré dans les retombées d'émanations délètères.
Les deux compères ont toujours habité la Guadeloupe et n'ont jamais visité la Soufrière. Un peu comme ceux qui vivent à quelques kilomètres de la mer et qui ne sont jamais allés la voir...

De retour à la Désirade

Aujourd'hui, les gens viennent passer la journée à la Désirade et repartent le soir à la Guadeloupe. Alors que les plages sont très belles et la végétation luxuriante, l'île abrite un petit animal très familier, surtout quand on lui donne son  péché mignon:

                           Je suis un iguane de la Désirade

                           Et j'aime beaucoup les bananes

Le madras

Le madras est à l'origine, un tissu de fibres de bananier, puis de coton et soie, originaires de l'inde du sud.  Ce sont les femmes créoles qui  ont porté ce fichu coloré à partir de la colonisation de la Guadeloupe par la France au 17ème siècle, ainsi que le parfum de la fleur de vanille, avant que
 l'on en exploite les gousses plus tard et la couleur indigo venant des branches trempées dans un bain à froid...

 Une berceuse aux Antilles parle de madras :

Adieu madras, adieu foulards
Adieu robes de soie, adieu colliers de chou
Mon ami est parti
Hélas ! hélas ! pour toujours.

Le créole

 

Au XVIIIème siècle, les esclaves noirs arrachés à leur terre d’Afrique et débarqués brutalement aux Antilles étaient considérés comme incapables de pratiquer la langue française ou anglaise.

Une nouvelle langue va émerger : le créole, car les migrants avaient besoin d'une langue commune pour se rassembler.

 C’est dans ce contexte esclavagiste que le conteur va naitre progressivement et prendre sa place aux Antilles, en créant une "poétique du silence".

Apparaissent ainsi des personnages « animaux » codifiant les traits des humains le lapin représente la ruse, mais les personnages, comme l'araignée, le macaque  peuvent aussi assumer un autre rôle dans le conte. Par ailleurs, l'on trouve des créatures surnaturelles comme manman dlo qui vit au bord de l'eau; elle est d'une singulière beauté et se laisse admirer lorsqu'elle peigne sa longue chevelure. Elle peut être à la fois bien ou malveillante...

 

 

 

L'esclavage à Marie Galante

La maison Murat est une des toutes premières sucrières de la Guadeloupe. Entre 1807 et 1839, le nombre d'esclaves ne cesse de prospérer. La prorpriété Bellevue-Plaine devient une puissante unité productrice.

Il existe un écart troublant entre le confort de la Maison des maîtres et celui des esclaves, dont les cases sont construites en branchages tressés et revêtues de paille de canne ou de joncs et conçues pour quatre personnes... très à l'étroit.

Dans le jardin, entouré de plantations de cannes à sucre de toutes parts, subsistent les vestiges de la distillerie, installée sur place. Cette vision donne froid dans le dos, même si les bâtiments ont été cédés  à l'administration de l'île...

Le rhum-la distillerie Darboussier

 

 C'est en 1869 que la maison Darboussier est inaugurée. Son rhum vieux est un mélange de vieux rhums Darboussier, ce qui lui donne sa touche de douceur.
Située en baie du port de Pointe-à-Pitre, dans le quartier de Carénage, son nom vient d'un commerçant français, Jean d'Arboussier, qui s'installa en Guadeloupe au cours du XVIIIè siècle.
Mais les grandes crises sucrières mondiales de 1885, 1895 et 1902 le forcent  à se séparer de l'usine qui passe sous le contrôle de la Société industrielle et agricole de Pointe-à-Pitre. Elle fusionne en 1970 avec la Compagnie française des sucreries.
Un temps propriété du baron Empain, elle ferma ses portes en 1980, où elle devint une grande friche à la suite d'un immense incendie. Aujourd'hui, centre culturel à la mémoire des esclaves. Juste retour des choses.

 

Le perroquet,devenu Roi

Au pied des montagnes neigeuses, dans le creux d’un ravin, il y avait un endroit exposé au soleil où les oiseaux se réunissaient en foule. Un jour, ils délibérèrent entre eux et dirent : « IL faut maintenant que nous choisissions l’un de nous pour être roi, afin qu’il inspire à la multitude des oiseaux une crainte salutaire et les empêche de faire le mal.
— A merveille ! dirent les oiseaux ; mais qui est-ce qui mérite d’être Roi?

Il y avait un perroquet rempli de prudence et de perspicacité qui se tenait à l’écart.
Il se présenta devant la multitude des oiseaux, s’éleva au-dessus de l’assemblée en agitant ses ailes, et leur dit d’une voix respectueuse : « Je souhaite que vous écoutiez l’humble avis que je veux émettre. »
En ce moment, la multitude des oiseaux prononça ces vers :

« Un être intelligent connaît la justice et n’a pas besoin d’être mûri par les ans. Quoique vous soyez jeune, vous avez une prudence qui répond aux exigences du temps. Ils prirent en conséquence la résolution suivante : « Le perroquet est doué de lumières et d’intelligence ; lui seul est digne d’être notre roi. »
Cela dit, ils le saluèrent tous du nom de Roi.