Carnets de voyage

 

 

En marge du Tour du monde, des peintres sont allés à la rencontre de peuples divers.

On peut citer Delacroix au Maroc, Van Gogh aux Saintes Maries de la mer ou  des  anonymes  au Tassilli ou en Chine...
Leurs carnets de voyage où s'imbriquent croquis et annotations parlent d'eux-mêmes. Ils témoignent de scènes intimistes de la vie de tous les jours : des intérieurs de maisons, des silhouettes ou  des archtectures qui servent encore de référents pour les chercheurs du 20ème siècle...

Intérieur marocain

 Au Maroc, au fil du voyage, Delacroix emplit ses carnets de croquis, d'aquarelles et d'un répertoire de formes et de couleurs, dans lequel il puisera toute sa vie....
Il passe ses journées à dessiner., même à cheval, son carnet arrimé au pommeau.. Sans relâche, il croque et relève toute la vie qui palpite autour de lui, tel un ethnographe, le plus souvent à l'aquarelle ou au crayon. En  un enchevêtrement d'esquisses et d'annotations, il consigne au jour le jour ses impressions, inscrit les couleurs, les architectures, les silhouettes et les itinéraires...
C'est à lui que l'on doit l'intimité de cet intérieur marocain, du moins une  esquisse peinte avec beaucoup de précision dans le détail, ce qui suppose qu'il a eu accès à cette maison, ce qui n'était pas chose facile pour un étranger en  1832...

 

Dans le Tassili par Lakhdar Khellaoui

Flottantes, les robes des femmes ont toujours l'air, à la tombée de la nuit, de s'esquiver. A cette heure, le drapé a vocation à s'effacer.

Evanescente, chaque silhouette, aux contours si incertains, semble vêtue de vent...

En plein jour, le fourmillement blanc de la lumière donne une allure titubante, accentuée par le louvoiement des corps entre les cailloux. Pourtant, rien de difficile à affronter cette falaise de lumière, oeil blanc qui dévore goulûment le bleu du ciel. Canicule douce dont les silhouettes sur fond de ciel incandescent, ressemblent à des marionnettes vibrantes, mues par d'invisibles ficelles...

Les chaumières de Van Gogh

 

À côté des cartes postales et photos anciennes, une des sources de connaissances sur les habitations permanentes des petites gens en Camargue au tournant du XXe siècle, est constituée par les dessins et peintures que Vincent van Gogh rapporta de son séjour aux Saintes-Maries-de-la-Mer à l'été 1888.

A côté des barques des pêcheurs, il peignit en effet des cabanes de roseau mais aussi et surtout des maisonnettes également couvertes de chaume ou sagne, souvent confondues avec les premières.. et même avec des chaumières japonaises, que l'on voit encore sur la route de Magome...

Les barques de Van Gogh

 

Frédéric Mistral, parle des barques, tirées sur la grève, peintes par Van Gogh lors de son passage aux Saintes Maries de la mer. Ils séjournaient alors à Arles et trente kilomètres les séparaient de la côte. Vincent vint à pied, son chevalet de peintre sur le dos et il resta quelques jours aux Saintes à peindre. Puis il reprit le chemin d'Arles, satisfait d'avoir vu la mer... et engrangé quelques-unes de ses plus belles toiles et des dessins qui s'avèreront fort utiles pour les spécialistes de l'habitat dans ce village.

L'auberge aux citrouilles

 

En Chine existe,  depuis longtemps la fête des lanternes. On allume des lanternes et on fait partir des pétards, pour se protéger et chasser les démons. D'ailleurs, c''est à une légende que l'on doit cette fête : ayant appris que sur la Terre les gens éaient heureux,  l'Empereur de Jade rentra dans une grande colère et envoya sur Terre une boule de feu pour la brûler. Mais elle fut saisie à temps et on alluma alors les lanternes  pour faire croire que la Terre était en feu.

La tradition veut depuis, d'accrocher des lanternes aux façades des maisons et comme les citrouilles ressemblent, par leur forme aux lampions chinois,  il est tout naturel de retrouver dans cette aquarelle des citrrouilles associées aux lanternes.....

In Itinen au Tassili

Le papier boit l'encre aussitôt, goulu, semblable au sol qui absorbe la moindre goutte d'eau, dont une graine attend avec humilité l'improbable avènement. L'encre retrouvée ! Oui, le papier est mon sol, la patrie d'un homme, l'endroit où il se sent le plus fertile.

Lieu érigé de sentinelles  sourdes et aphones. Je voyage aussi pour devenir pierre.... Comment savourer la beauté d'un édifice en grès sans prendre le temps de voir la lumière tourner autour?

Qui s'engage dans l'aventure du carnet de voyage le sait. Il ne voyagera plus jamais comme avant. Le goût du dessin ou de l'écriture implique une philosophie du voyage. ...

 

Voyage dans l'imaginaire

Le "voilier aux ailes de papillon" a longtemps été attribué à Salvador Dali, ce peintre catalan qui a connu sa période surréaliste, comme tant d'autres,emprunts de rêve et d'onirisme..

Ces ailes de papillon en guise de voiles, tout comme des pétales de fleurs dans un autre tableau sont chargées de fantaisie et apportent à ce voyage dans l'imaginaire une note de gaieté...

Alice au pays des merveilles

Pour autant que je m'en souvienne, ma première impression de ses aventures fut celle d'un voyage réel au cours duquel je devins moi-même le compagnon de la pauvre Alice. La chute dans le terrier du lapin et la traversée du miroir ,étaient des points de départ aussi merveilleux que le fait de monter dans un bus. Mais le voyage ! Ce n'était pas que je croyais à l'existence réelle d'un voyage comme celui des merveilles, mais je savais qu'il était fait de la même matière que ma maison, que ma rue et les briques rouges de mon école... Un livre devient un autre livre chaque fois que nous le lisons. Cette première Alice de l'enfance était un voyage, comme l'Odyssée ou Pinoccchio. Ensuite vint l'Alice de l'adolescence et j'ai su exactement ce qu'elle eut à subir lorsque le Lièvre de Mars lui offrait du vin, alors qu'il n'y avait pas de vin sur la table... Le sentiment intime de familiarité établi avec mon Alice, chaque fois que je la relis , les liens se resserrent de façon très privée et inattendue....

Extrait de Dans la forêt du miroir d'Alberto Manguel