l'Andalousie

 Au printemps de 1829, Washington Irving fit une excursion de Séville à Grenade. Le récit de son voyage s'inscrit dans un pays sombre et sévère, aux plaines 'interminables de terres à blé, parfois vertes, qui évoquent la grandeur solennelle de l'océan. En parcourant du regard ces espaces infinis, on voit un troupeau éparpillé sous la garde d'un berger solitaire, toujours armé.  Les périls de la route ont créé un mode de voyage qui s'apparente, à une moindre échelle,  aux caravanes de l'Orient. Le muletier est le grand convoyeur en titre, qui traverse toute l'Espagne depuis les Pyrénées jusqu'aux portes de Gibraltar.

 

De Séville à Grenade

Comme il n'est pas question de donner ici un récit suivi, ni de conter les différents incidents de cette excursion, disons que le voyage se déroula à la façon du contrebandier, c'est-à-dire dans une sorte de compagnonnage de voyage.  C'est le meilleur moyen de voyager en Espagne...

Voyageant ainsi que je l'ai dit, émergeant des montagnes pour déboucher dans la merveilleuse Grenade, où les  sierras évoquent les temps chevaleresques des guerres entre Chrétiens et Maures et les luttes épiques pour la conquête de Grenade, emerveillés par les tours vermeilles de l'Alhambra, tandis que les sommets neigeux de la Sierra Nevada brillent comme de l'argent, c'était un jour sans nuage...

l'Alhambra

Pour le voyageur épris d'histoire et de poésie, l'Alhambra de Grenade est une ancienne forteresse des rois maures qui couronne tout le sommet d'une colline qui domine la ville et appartient aux contreforts de la Sierra Nevada. Lorsque le royaume des Maures passa aux mains des Chrétiens, ce sont les monarques castillans, comme Charles Quint qui bâtit un somptueux palais à l'intérieur de ses murs mais le séjour de son dernier souverain ( Philippe V ) au 18ème siècle fut de courte durée et leur départ laissa le palais désert...

Lorsque Grenade tomba aux mains des Français, le gouverneur abandonna la haute colline de l'Alhambra...

Arrivée à Grenade

Les Tours merveilles qui tiennent leur nom de leur couleur rougeâtre datent d'une époque bien antérieure à l'Alhambra, aux Romains ou aux Phéniciens...Le roi Maure qui l 'avait bâti était un grand magicien et il avait placé toute la forteresse sous un enchantement.

Selon la tradition, cet enchantement serait rompu losque le monument s'écroulerait en poussière, et les trésors enfouis par les Maures apparaitraient au grand jour.

Au-dessus de la galerie nord s'élève la tour de Comares. De là, par un arc arabe, on pénètre  dans la célèbre cour des Lions...

Les délices de l'Alhambra

Ceux qui connaissent  les ardents climats du sud pourront imaginer les délices d'un telle retraite où la brise de la montagne se conjugue à la verdure de la vallée.
Tandis qu'en bas, la ville halète sous la canicule, les souffles légers de la Sierra Nevada, en  jouant dans les salles du palais, leur apportent le parfum des jardins environnants. Tout invite au repos indolent, à la torpeur propre aux climats méditerranéens, alors que du haut des balcons ombragés, on perçoit l'étincelant paysage et le murmure des feuilles...

La cour des Lions

L'Alhambra a été si souvent décrit par les voyageurs que l'on s'en tiendra à un récit bref, en aucun cas exhaustif...Les illustrations seront par ailleurs souvent en décalage avec le texte...

Au temps de Boabdil, dernier souverain maure de Castille début 16ème siècle, La cour est couverte de parterres de fleurs et entourée d'un ensemble d'arcs arabes filigranés, que supportent de graciles colonnes de marbre blanc. En son centre, des vasques d'albâtre répandent toujours leurs gouttes adamantines et les douze lions qui les soutiennent rejettent leur flot de cristal...

De l'autre côté de la cour des Lions se trouve la salle des Abencérages, du nom des vaillants chevaliers de cette illustre maison qui furent traîtreusement assassinés....

Boabdil, le dernier roi maure d'Espagne

Irving raconte : " Je me suis mis en quête, à cheval, de la porte par laquelle Boabdil était sorti de l'Alhambra, lorsqu'il alla livrer sa capitale. Il avait demandé aux monarques catholiques de ne plus permettre l'accès de cette porte à quiconque. D'après les anciennes chroniques, son souhait avait été respecté...La voûte de la porte, bien que lézardée par le fait que  les Français l'ont fait sauter en abandonnant la forteresse, reste impraticable  car obstruée par des pierres... Le dernier souhait de Boabdil se trouve réalisé.

Sur les traces du monarque maure, en longeant le jardin d'un couvent qui porte le même nom et, en  plongeant dans un ravin abrupt, c'était la route .qu'avait prise Boabdil pour éviter de passer par la ville, lieu d'humiliation. La légende raconte que c'est à l'ermitage San Sebastian que Boabdil remit les clés de Grenade au Roi Ferdinand...Si j'avais été lui, j'aurais préféré faire de l'Alhambra mon sépulcre., dira Charles Quint...

Les légendes de l'Alhambra

C'est à son grand-père, un petit tailleur qui vécut près de cent ans, durant lesquels il ne fit que deux sorties hors des murs de la citadelle,  que Mateo, le guide improvisé de Irving doit la plupart de ces légendes. Heureusement pour la postérité, lorsqu'il était  enfant, son petit-fils écoutait les récits du vieil homme. C'est ainsi qu'il acquit un fonds de connaissance sur l'Alhambra qu'on ne trouve pas dans les livres et qui mérite une grande attention de la part de tous les voyageurs...

Irving se souvient que, depuis sa plus tendre enfance, du jour, où, sur les rives de l'Hudson, il se plongea dans un vieux livre des guerres de Grenade, cette ville a été un objet de rêve et bien souvent, en imagination, il a traversé les célèbres salles de l'Allhambra...

 

La tour des Infantes, des filles des rois maures

Irving se promenait , alors que les rayons du soleil couchant éclairaient encore et fut surpris, par l'apparition, sur la muraille extérieure de l'Alhambra d'une tour maure, Trois infantes mauresques auraient été enfermées par leur père, un tyran de Grenade, avec la seule permission de chevaucher après le coucher du soleil parmi les collines où nul ne devait les croiser...

Par les nuits de pleine lune, on peut les voir sur les versants solitaires de la montagne mais elles disparaissent dès qu'on leur adresse la  parole...

Adieu à Grenade !

A quelque distance au  nord de Grenade, Irving rapporte combien il lui fut dur de quitter Mateo et de le voir redescendre lentement les collines, se retournant de temps en temps pour faire, de la main, un dernier signe. Vers le crépuscule, il arriva au point où la route s'enfonce dans les montagnes. Il s'arrêta pour jeter un dernier signe de la main. Il pouvait maintenant comprendre les sentiments et la douleur de Boabdil, lorsqu'il dit adieu au paradis qu'il laissait et vit devant lui la route stérile et caillouteuse qui le conduisait à l'exil.

Le soleil couchant jetait un reflet mélancolique sur les tours cuivrées de l'Alhambra. Quelques pas encore et Grenade avait disparu de sa vue...