Dans un jardin de Chine de J.Pimpanneau

A la même époque où l'empereur de Chine Qianlong ( 18ème siècle) demandait aux Jésuites de lui dessiner un parc à la française, les Européens se pâmaient pour les jardins chinois que leur faisaient connaître les gravures envoyées par ces mêmes Jésuites. Cet échange culturel a donné aux environs de Pékin le Palais d'Eté, et à 'autre bout de la planète, les fabriques de nos jardins au 18ème siècle...

En 1860, au cours de la deuxième guerre de l'opium, l'expédition franco-anglaise pilla et détruisit le Yuan Ming Yuan, témoignage pourtant de l'influence de leur propre civilisation...

la Route des fleurs

Bien avant les chinoiseries, L'Occident devait déjà beaucoup à la Chine :plusieurs arbres et fleurs qui ornent nos jardins venaient à l'origine de Chine. La Route de la Soie avait été aussi celle de multiples fleurs. A l'époque moderne, ce fut plutôt la version des jardins asiatiques diffusée par des gravures de paysages que connut l'Occident. Albert Kahn, pour ses jardins de Boulogne, fit appel à un jardinier envoyé par l'Empereur du Soleil Levant.

Mais le véritable jardin chinois, lieu pour faire voyager l'imagination à travers des paysages seulement suggérés en miniature mérite d'être mieux connu...

Sur les pas du poète Bo Juyi

Suivons le poète Bo Juyi ( 8ème-9ème siècles) qui a consacré un essai à sa demeure dans les monts Lushan, où son jardin se fondait dans le paysage.. " Quand j'occupe cette maison, que je lève la tête et vois des montagnes et que je la baisse, j'entends des sources. Le paysage change sans cesse du matin au soir." Il s'agit d'une demeure assez rustique...  

Dans le Rêve dans le Pavillon Rouge de Cao Xueqing (18ème), le jardin est un des personnages essentiels du livre, un jardin imaginaire créé à partir de jardins réels, où l'on s'égare facilement....

 

 

Kiosques et fleurs

Les bâtiments, kiosques, pavillons, terrasses, embarcadères le long d'une rive sont là pour permettre à l'homme de méditer, jouer de la musique, bavarder avec des amis en buvant une tasse de thé ou en jouant aux échecs...
Les végétaux étaient très variés.Les plantes les plus prisées étaient les pivoines, qui donnaient l'impression d'opulence, les chrysanthèmes, les seules à fleurir en automne, les lotus, les rosiers et églantiers. Parmi les arbres, les abricotiers, pommiers et pêchers étaient recherchés pour leur couleur au moment de la floraison, les saules et les bambous, dont la verdure tient compagnie en hiver. Et le prunier, le premier à fleurir....

Faire un jardin

Qui concevait un jardin était comme un peintre ou un poète. Le peintre de paysages composait sa peinture dans son studio à partir de ce qu'il avait contemplé au cours de sa promenade. Ainsi, le plan d'un paysage n'était pas la copie de tel ou tel paysage,mais une création pour former dans un même espace plusieurs perspectives.

" Faire un jardin, a écrit un lettré chinois, c'est comme écrire un poème. Il faut que dans les détours et les sinuosités, il y ait une règle."

Esthétique du jardin

Pénétrer dans un jardin chinois, c'est entrer dans la pensée chinoise, et surtout dans la pensée taoïste, qui préconisait de suivre la nature. L'esthétique du jardin était donc pénétrer dans un séparable de la pensée taoïste. Il s'agissait de créer un modèle réduit de la nature avec ses montagnes, ses falaises, ses rivières et ses lacs.. Ce souci de miniaturiser la nature pouvait aller jusqu'à la torturer, comme avec les bonsaïs...

Pour comprendre ce gôut chinois pour les jardins, il faut une sensibilité qui prête attention à  la musique des branches que la brise fait briser, à celle de la pluie sur les larges feuilles de bananiers, aux gouttes qui roulent comme des perles sur les feuilles de lotus..

Il faut conserver dans sa tête l'image d'un jardin chinois comme d'un beau rêve....