Wang-Fô

 

Comment Wang-Fô fut sauvé est la première nouvelle du recueil Nouvelles orientales. En reprenant le sujet d’une légende chinoise, Marguerite Yourcenar raconte l’histoire d’un vieux peintre (Wang-Fô) très réputé au royaume de Han, dans l’ancienne Chine pour son aptitude à voir partout des sujets pour sa peinture. Fasciné par cet artiste, le jeune Ling a quitté une vie confortable pour devenir son ami et assistant très dévoué, et a décidé de le suivre dans ses voyages. Mais un jour, sans raison apparente, ils sont brutalement arrêtés par des soldats et amenés devant l’Empereur. Celui-ci va alors expliquer au vieux peintre pourquoi il veut le condamner. Ce discours révèle un Empereur à la fois impuissant et menaçant...

 

L'empereur

 

Ainsi " le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner " n'est pas le royaume de Han mais celui où Wang Fô pénètre par le chemin des Mille Courbes et de sMille Couleurs". L'Empereur décide donc de couper les mains du peintre" les deux routes" qui mènent au coeur de son empire ainsi que de lui crever les yeux " portes magiques de son royaume".l

ll lui donne néanmoins le droit de peindre un dernier paysage. Ainsi le monde de Wang Fô, inspiré du réel mais transcendé par la peinture, va lui permettre de rester en vie au côté de Ling qui a adopté le regard de son maître. A la fin de la nouvelle, le peintre disparaît avec Ling dans les couleurs du dernier paysage qu'il peint et d

Nouvelles orientales, collection Imaginaire, 1983


Comment Wang Fô fut sauvé


Le vieux peintre Wang-Fô et son disciple Ling erraient le long des routes du royaume de Han. Ils
avançaient lentement, car Wang-Fô s'arrêtait la nuit pour contempler les astres, le jour pour regarder les
libellules. Ils étaient peu chargés, car Wang-Fô aimait l'image des choses, et non les choses elles-mêmes, et
nul objet au monde ne lui semblait digne d'être acquis, sauf des pinceaux, des pots de laque et d'encres de
Chine, des rouleaux de soie et de papier de riz. Ils étaient pauvres, car Wang-Fô troquait ses peintures contre
une ration de bouillie de millet et dédaignait les pièces d'argent. Son disciple Ling, pliant sous le poids d'un sac
plein d'esquisses, courbait respectueusement le dos comme s'il portait la voûte céleste, car ce sac, aux yeux
de Ling, était rempli de montagnes sous la neige, de fleuves au printemps, et du visage de la lune d'été.
Ling n'était pas né pour courir les routes au côté d'un vieil homme qui s'emparait de l'aurore et captait le
crépuscule. Son père était changeur d'or ; sa mère était l'unique enfant d'un marchand de jade qui lui avait
légué ses biens en la maudissant parce qu'elle n'était pas un fils. Ling avait grandi dans une maison d'où la
richesse éliminait les hasards.