L'expédition Citroën

D'avril 1931 à février 1932, une quarantaine d'hommes et quatorze automobiles à chenilles tent tent  d'établir une liaison entre la Méditerranée et la mer de Chine en suivant les traces de Marco Polo sur la Route de la Soie.

C'est la Croisière Jaune . Devant elle, deux obstacles immenses : l'un vertical, l'Himalaya, dans le Cachemire à 3500 m, l'autre horizontal, le désert de Gobi.

L'expédition va parcourir 12 000 kms au prix d'une lutte de tous les instants....

Groupe Chine

Autant le groupe Chine a des difficultés à partir - en un mois, il a parcouru 200 kms et se trouve arrêté par le Guomintang et la fédération des sociétés savantes qui font savoir qu'ils interdisent le départ de l'expédition - autant les choses sont faciles pour le groupe Pamir, d'une extrémité à l'autre de l'itinéraire...

Sommes immobilisés à 40 kms de Pékin par rpture de bandes de rechange pour les autochenilles. Il est convenu de rejoindre l'expédition à Kalgan, à l'entrée du plateau de l'Asie centrale.

 

Groupe Pamir

Le groupe Pamir est en Perse et va entrer en Afghanistan. Sa progession continue régulièrement . Déjà trois mille kilomètres au compteur...Pour se hisser jusqu'au haut plateau iranien, le groupe Pamir emprunte la plus vieille route du monde, qui vit passer toutes les migrations, toutes les transhumances, toutes les invasions de la plus haute Antiquité : là passèrent déjà les Sumériens inventeurs de l'écriture, venus coloniser la Mésopotamie . Le souvenir de milliers d'hommes, de chevaux, de chameaux hantent cette  piste où leurs pas réguliers firent rouler les pierres. Là passèrent , allant vers l'est, la cavalerie lourde d'Alexandre, puis  les rapides coursiers des Achéménides, passèrent kes caravane, chargées de soies tissées de l'Azerbaïdjan, du thé noir de la Chine, des épices de l'Inde...

Désert de Gobi

Et le ciel couleur de plomb s'assombrit encore. A la chaleur torride s'ajoute le vent de sable. Un tourbillon soulève une colonne de sable, l'aspire irrésistiblement vers le haut. La visibilité est nulle. Il faut s'arrêter...

Calfeutrés dans les voitures, les hommes attendent, sans pouvoir rien faire.
Enfin, les rafales deviennent plus courtes, moins violentes ; quelques tourbillons encore, au ras du sol, et le désert retrouve son silence et son immobilité....

L'oasis d'Etsin Gol

Le paysage change encore, on aperçoit au nord, argentés comme une plaque de mercure, le Soho Nor et Le Gachoun Nor, des lacs morts aux vases blanchâtres. Et puis, entre les dunes, un mirage : des prairies vertes, une forêt verte, des lacs émeraude, des couleurs que l'on avait oubliées.

Ce n'est pas un mirage, mais la grande oasis au bout du Gobi noir, un don du ciel au milieu des sables ; on peut marcher un pied sur l'herbe, un pied sur le sable du désert...

Le groupe Pamir vers la Perse.

Hérat a si souvent changé d'envahisseurs, les Scythes, les Perses, les Huns, les Mongols, les Turcomans, Les Kurdes qu'elle se protège des intrus par trois gros murs d'enceinte. Tout le monde, sur la route de la Perse passe par Hérat...

Et c'est par le sud que le groupe Pamir va contourner l'Hindou-Kouch, via Kandahar, Kaboul, pour aboutir aux premières passes de l'Himalaya : huit cents kms de régions inhabitées, où les rivières indomptées constituent le principal obstacle...

Le décor se fait oppressant. Partout des pics décharnés, des roches rongées par l'érosion, des lances de pierre déchirant le ciel. L'hostilité est déclarée tandis que Bamyan, la cathédrale désechantée est une impasse

Prisonniers du Xinjiang

Le groupe Chine tombe au milieu d'un convoi de troupes régulières chinoises attaqué par des rebelles chantous... Non sans difficulté, le groupe parvient enfin en vue de Khami, la ville sainte du Turkestan chinois. Mais le conflit a tourné à la guerre civile et les Chantous tiennent les montagnes entre Khami et Tourfan. C'est la route de l'expédition. Elle sera libre finalement  d'emprunter la piste  qui passe par des défilés montagneux vers la grande dépression de Tourfan. Aussi silencieusement qu'ils sont venus, les Chantous disparaissent...

L'himalaya

Sous les souffles de l'Himalaya, la ville de Srinagar baigne dans la fraîcheur. Pour le groupe Pamir,il n'y a pas trente-six solutions pour passer d'Inde en Chine. Il y en a trois, par la piste de Ghilgit, qui n'est ouverte que pendant quatre mois dans l'année. Elle est accrochée à flanc de précipice,  comporte des cols à cinq mille mètres et n'est praticable qu'à pied ou à cheval...

Le jour du départ, l'état des pistes est désastreux  à cause de la pluie. Sept ponts, cent kms : la caravane marche depuis quinze jours. La piste disparaît sous la neige, camouflant les traquenards des crevasses. Les pentes sont si fortes, les lacets si serrés que les équipes de porteurs doivent retenir à la main les voitures pour les empêcher de s'écraser dans l'abîme...

Puis un nouvel obstacle attend l'expédition : la piste a disparu. Un formidable glissement de terrain l'a effacée...

Au rendez-vous d'Aksou

Le séjour du groupe Pamir ne se prolonge pas. Il reste à franchir l'odieuse vallée du Kandjout. Puis la jonction est faite, dans la folle joie des retrouvailles !

Ouroumtsi, derrière sa double muraille qui commande une plaine désertique au pied de la Montagne Céleste n'est qu'un grand village de maisons grises. Mais le vrai pittoresque, on le trouve dans les quartiers qui regroupent Ouighours, Ouzbeks, Kirghizes, Kazaks, Mongols et même Mandchous.

A force d'avoir attendu le bon-vouloir du Maréchal King, il faut repartir en brisant la glace qui s'est formée à - 10°. Aussitôt après la Grande Muraille qui a coûté tant de peine au groupe Chine dans son voyage aller, la passe de Nankéou est franchie sans encombre et cette fois Pékin est là, Pékin, la fin du voyage...