Arasement des murailles par Chen Kaige

Avec l'énergie du désespoir, le fils du grand lettré Liang Sicheng exhorta le gouvernement à abandonner le projet; mais rien n'y fit. On dit que l'ordre vint de Mao lui-même . La grande muraille, condamnée, fut cernée  par les unités du génie de l'armée et tout s'écroula dans un grand nuage de poussière ; la muraille démolie, tronçon par tronçon, devint monticule de ruines, réemployées en partie dans les poulaillers et les clapiers.

Selon la légende, lors de la réparation exécutée au début de la dynastie Ming, les bâtisseurs avaient mélangé de la bouillie de riz au mortier, afin de consolider la muraille, mais les bulldozers nocturnes n'ont pas réveillé les gens de Pékin, quand la ville sortit de son rêve...

Simon Leys

Sitôt débarqué  à Pékin, le désarroi m'a pris quand je n'ai plus retrouvé les Portes de la Ville. Même si les remparts ont disparu, pensais-je, du moins les Portent demeurent, perpétuant sur la terre chinoise, à la façon d'un caractère d'écriture ou sur une pièce de soie ou sur la face d'une stèle, le signe de Pékin...

Je cherchai longtemps à me persuader que je m'étais égaré, que les rues avaient changé, mon sens de l'orientation affolé, et qu'au prochain carrefour, je ne saurais manquer d'apercevoir la silhouette puissante de la Porte. Je devais être victime d'hallucination : dressé au milieu d'un champ de gravats, un moignon obscène auquel des ouvriers donnaient les derniers coups de pioche, c'était tout ce qui restait de la dernière Porte de la Ville...

Lao She - Quatre générations sous un même toit

Quand le vieux Qi avait dû choisir la maison qu'il voulait acheter, ce qui le décida, ce fut le lieu. Il aima tout de suite cet endroit : l'ouverture de la ruelle était tellement étroite qu'elle n'attirait pas l"attention; devant la porte d'entrée, les deux sophoras pouvaient abriter les jeux des enfants.
La maison n'était pas  très solide et à part le bois de la charpente, le reste ne méritait aucune éloge particulière.

Qoi qu'il en soit, le vieux aimait beaucup sa maison...

Théâtre par Victor Segalen

Le grand tumulte du gong et le sifflement du violon enveloppent toute la scène de paillettes sonores et d'un ruissellement continu. Je regarde et voilà un grand homme qui s'apprête à lutter terriblement. C'est le Professeur des acteurs impériaux, le chef de la scène, au Palais.

L'escrime recommence: pas plus de chocs, mais des feintes, des sauts. Un silence d'armes effrayant dans le combat de l'orchestre de soie,de bois et de bronze déchainés.

Les géants cpmbattants de toutes les couleurs se sont tout d'un coup résolus en un seul homme, au visage bardé de lames et de traits d'argent...