le père Huc

Au mois de février 1839, Monseigneur de Quelen nous imposa les mains, et nous dit au nom de Jésus-Christ : allez, et enseignez toutes les nations.

Ce sont ces paroles fortes qui lancent le père jésuite Evariste Huc, et son compagnon le père Gabet, sur la route de la Chine et de la mission qui l’y attend. Mission au sens évangélique évidemment, dans un pays interdit aux missionnaires catholiques depuis quelques années et où les chrétiens avaient intérêt à se faire discrets. C’est dire l’énergie qui animait ces deux hommes partis avec quelques cartes, leur bible, leur courage et d’un peu d’argent dans une aventure de plusieurs années à pied et en chameau à travers la Chine, la Tartarie (Mongolie) et le Thibet (en orthographe originale dans le texte).

les lamas

Partis du Havre en 1839 en direction de Macao, Canton puis Pékin, ils ne reviendront en France qu’en 1852 après un long et périlleux périple. Et des notes prises pendant le voyage naîtra « Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine », volumineux ouvrage de voyage dans les confins d’une Chine aujourd’hui disparue. Tout ce qui manquait en talent d’observation et d’écriture à Marco Polo a été donné à l’attachant père Huc et on suit leurs aventures avec intérêt.

 Le père Huc, disciple de la compagnie de Jésus : courageux, généreux, humain, ouvert à la culture de l’autre, observateur, cultivé, intelligent, semble vraiment combiner tout ce que l’on peut attendre d’un homme de foi. Durant son voyage, il décide de faire les choses « à la Tartare » et de s’habiller en lama. Pour passer inaperçu aux yeux des mandarins, mais aussi se distinguer des tartares séculiers et mieux prêcher l’évangile en s’appuyant sur le respect qu’inspire l’habit des lamas, il n'hésite pas à employer un certain pragmatisme teinté d’une pointe de ruse.

Djé Tsong Khapa

Il juge avec une cinglante sévérité le peuple chinois qu’il décrit systématiquement comme des envahisseurs sournois et retors, intéressés uniquement par l’argent, manquant « d’énergie de caractère ». Il les perçoit comme un « peuple de marchands, au coeur sec et cupide" . Au fil de son voyage, peut-être gagné par la fatigue ou le mal du pays, il émet également quelques jugements péjoratifs à l’égard des tartares et tibétains : naïfs et enfants, dépensant leur argent sans parvenir à le gérer, ils sont un peuple attachant mais nécessitant d’être éclairé.  Pour décrire le bouddhisme, le père Huc la décrit comme une  religion « vaine et menteuse », ne pouvant susciter une vraie foi, s’appuyant sur des enseignements incohérents, formant un « culte menteur et impie »… A ses yeux les lamas sont des prestidigitateurs cupides abusant de la crédulité des masses. Voit-il quelque chose de juste dans l’enseignement de Djé Tsong Khapa ? Ce maître tibétain les tiendrait d’un maître spirituel chrétien. Il existe une prophétie d’invasion du Tibet par les chinois. Et évidemment, arrivé au but de son voyage il se réjouit hautement d’être autorisé par le régent à enseigner la foi chrétienne à Lhassa. Lorsque le mandarin chinois de Lhassa se plaint de cette liberté qui leur est accordée, le régent tibétain répond avec flegme : s’il est juste qu’avons nous à craindre de la vérité ?