Collection de rues

La rue birmane, la ville chinoise avec ses théâtres en plein air, ses dragons de papier et ses lanternes magiques. La rue hindoue, la plus humble  avec ses temples qui constituaient le commerce d'une caste et ses pauvres prosternés, dans la boue. Les marchés où les feuilles de bétel s'élevaient en vertes pyramides comme des montagnes de malachite. Les oiselleries, les marchands de fauves et d'oiseaux sauvages. Les rues tortueuses où passaient en ondulant  les femmes birmanes, avec à la bouche un long cigare. ...

 Il y avait aussi des rues entières consacrées à l'opium. Les fumeurs s'allongeaient sur des estrades basses; ils ne faisaient ni mouvement ni bruit. L'opium n'était pas le paradis des amateurs d'exotisme, tel   qu'on me l'avait peint. Aucun coussin brodé, aucune trace de richesse.

Extrait de la Solitude lumineuse de Pablo Neruda.