Rimbaud en Abyssinie

Les deux tiers de ce que l'on peut savoir sur Rimbaud en Abyssinie viennent de sa correspondance avec " ses amies ", ces uniques lectrices imaginées, dont Rimbaud ne se sent pas assez aimé : une correspondance peau de chagrin, réduite à des billets qui ont plus une fonction de communication qu'une valeur d'échange...

Et pourtant, en les relisant, leur banalité apparaît comme un leurre. Toutes les lettres de Rimbaud ont une qualité en soi. Tissées de multiples contradictions, elles évoquent les épisodes d'une vie toujours mouvementée, telle cette lettre datée de Harar du 4 mai 1881 : Il y a un grand lac à quelques journées d'ici : je vais tâcher d'y arriver. Je vais acheter un cheval et m'en aller...Ou encore : " Ne vous étonnez pas que je n'écrive guère; que voulez-vous que je vous écrive de là ? .. il faut se taire."

 

Rimbaud (suite)

La réalité s'évanouit aussi à l'approche du moindre doute et l'ouvrage de géographie dont il a pu rêver au début de son séjour, les articles perdus qu'il voulait monnayer, les relations de voyage inachevées ou jamais rédigées, ressemblent à ces livres illisibles qu'il reçut un jour : les bouteilles d'encre s'étant cassées dans la caisse, tous les livres ont été baignés d'encre...

Mais si le ton de la correspondance adressée aux commerçants diffère des lettres aux siens, la beauté paradoxale - non-littéraire - de cette correspondance, ne transparaît pas encore, si ce n'est dans des éclats dispersés ou des fragments épars qui fascinent comme les inscriptions retrouvées d'un récit à jamais illisible...

Les lettres persanes de Montesquieu

Lorsque Montesquieu se déclare traducteur des lettres de deux persans, Usbek et Rica, il leur nie toute provenance imaginaire. C'est dans le souci de vraisemblance qu'il va faire une oeuvre à plusieurs voix, qui sont celles de ses  personnages qui écrivent tour à tour : " Comment peut-on être persan ? " qui fait écho à la lettre :" Comment peut-on être français ?"...

Le point de départ de la satire est l'intrusion d'étrangers dans l'univers occidental afin d'y faire tomber les masques. Et la satire est plurielle en ce qu'elle vient de personnages différents: Usbek, chargé de la critique des institutions et Rica de qui viennent les portraits les plus piquants de la société mondaine. Dans ses réflexioons sur ses Lettres, Montesquieu soutient que sa grande originalité réside dans l'invention d'un nouveau genre llittéraire,  les moeurs, la vie de société favorisant la forme épistolaire. Mais il fallait justifier le procédé. Comme certains personnages restent en Perse, pendant que d'autres voyagent, la lettre apparaît comme la seule solution de reconstituer cette unité de lieu que défait le voyage lui-même...

Correspondance de Barbey d'Aurevilly à Trebutien

Caen, vers 1830. Un étudiant en droit entre un jour dans un cabinet de lecture de la rue du Pont Saint-Jacques. La conversation s'engage avec le libraire. Une amitié va se nouer qui va engendrer une correspondance de plus de vingt ans: la première lettre de Barbey à Trebutien qui ait été conservée est d'août 1832, la dernière du 29 novembre 1858. Lorsqu'on aura lu les Lettres à Trebutien de Barbey d'Aurevilly, au romancier, nouvelliste, critique qui depuis un demi-siècle a fait l'objet d'une spectaculaire réévaluation, s'ajoutera d'évidence un épistolier hors du commun. Pour Barbey, la lettre est incomparablement plus éloquente que n'importe quelle photographie. Il existe pour lui un lien directl entre l'esprit épistolaire d'un homme et l'esprit de sa conversation . Cette correspondance magnifique a les allures d'un autoportrait enfin révélé de ce Barbey apparemment si contradictoire. Barbey, tel qu'en lui même et révélé par le caractère unique de cette correspondance.

Lettres d'Eric Blair (alias G. Orwell) depuis l'île de Jura

Il y a tout juste soixante ans, Eric Blair, alias George Orwell (1903-1950), découvre Jura. Il a depuis longtemps en tête 1984, son futur chef-d'oeuvre. Pour l'écrire au calme, il cherchait un endroit "complètement inaccessible". Ce sera ici, dans l'archipel des Hébrides, sur la côte ouest de l'Ecosse. L'écrivain choisit pour refuge une solide maison blanche, au nord extrême de l'île, face à  la mer...

 Celui que chacun appelle "Mr. Blair" aime aussi s'adonner au travail manuel : il fabrique des jouets en bois ou plante des légumes. Ainsi, dans cette retraite improbable de landes et de pâturages, de côtes échancrées et de hauts plateaux surmontés d'un trio de montagnes rondes, les Paps,quelques rares habitants permanents se regroupent à  Graighouse, le seul village. Le Gulf Stream, venu du sud, impose sa douceur.

 

Bruce Chatwin

[10 SEPTEMBRE 1963]

Ma chère Maman,
L'Afghanistan enfin ! Partis de Meched [Iran], il nous a fallu trois jours pour parcourir seulement quatre cents kilomètres, en franchissant la frontière perse, et nous retrouver ici. [...] Nous sommes allés au bazar, assis dos à dos dans un pousse-pousse décoré de pompons rouges et faisant tinter ses clochettes. La forme de ces véhicules n'a pas changé depuis qu'Alexandre en a utilisé un pour aller d'ici en Inde...

Derrière une rue de petites échoppes, nous avons trouvé un vaste caravansérail, une enceinte avec deux étages d'arches, construit à l'époque où Herat était un des plus grands comptoirs d'Asie. Dans tout l'Afghanistan, on voit encore des caravanes de chameaux mais elles ont déserté celui-ci...

 

Correspondance inédite de Teilhard de Chardin 1923-40

Des lettres écrites pendant la période "asiatique" du penseur, lors de ses explorations en Chine, en Inde et en Birmanie. On le voit très intéressé, au-delà de ses écrits spirituels et philosophiques par ses explorations et ses découvertes archéologiques en Chine, tout au long de ses multiples séjours de 1923 à 1940.

Précieuses sont ses lettres qu'il a échangées avec son professeur, Marcellin Boule, resté au Museum d'histoire naturelle de Paris...

 Chacune d'entre elles, au-delà de sa valeur scientifique intrinsèque, renvoie à ce que Victor Ségalen appelait ses « moments chinois ». écrite d’un campement du Gobi, des rives du Fleuve Jaune ou à bord des véhicules de la Croisière Jaune, toutes sont le reflet d’un esprit zélé. Véritable journal de bord d’un savant, cette correspondance se révèle tout autant l’écho d’une aventure humaine que la découverte de la Chine...

Lettres de Gustave Moreau à Eugène Fromentin

Pendant les deux ans de séjour de G.Moreau en Italie, son atelier va être loué à Eugène Fromentin et ce qui, dans leur correspondance, retiendra l'attention, ce sont les réflexions très sérieuses d'ordre esthétique et stylistique...Mais, il ne faut pas oublier les ajouts d'éléments exotiques dans leur oeuvre. Moreau était très intéressé par les découvertes archéologiques effectuées au Proche-Orient, en Egypte. Beaucoup de ses proches amis étaient des voyageurs curieux qui ramenaient de leur voyage, bon nombre de dessins, récits...
Son ami le peintre Narcisse Berchère s'intéresse au monde islamique tandis qu'Eugène Fromentin visite plusieurs fois l'Algérie....De retour en France, il publie alors son récit de voyage "Un été dans le Sahara". Grâce au soutien de son ami Gustave Moreau, il est en mesure de se faire un nom sur la scène artistique parisienne. Leurs échanges de lettres les confortent dans leur propension vers l'orientalisme...voir carnets de voyage de Delacroix.

Lettres de Rudward Kipling au Japon

Ces lettres sont des articles publiés au fil du voyage de Kipling. Rassemblées en un seul volume, elles peuvent être un peu fastidieuses et il ne faut donc pas hésiter à prendre son temps pour les lire, page par page, comme des bonbons acidulés....

" La moitié de la ville était sortie faire une promenade. Tous les vêtements étaient indigo, tout comme les ombres, et la plupart des lanternes de papier luisaient comme des gouttes de sang. A la lueur des lampes à huile fumantes, des gens vendaient des fleurs et des arbustes racornis. Dans la lumière dansante des flammes jaunes,  les visages jaunes qui les entouraient se joignaient à un ballet fantastique, puis les flammes s’immobilisaient et elles faisaient à nouveau semblant d’être des plantes, jusqu’à ce qu’une tiède bouffée d’air nocturne passant sur le feu renvoie toute la rue à sa danse insensée, et leurs ombres faisaient des cabrioles sur les façades."