Voyageurs

Au 19ème siècle, la plupart des voyageurs étaient des géographes parce qu'ils prenaient leur temps. Semaine après semaine, le paysage changeait et les civilisations avec lui : les Perses, l'Afghanistan, l'Indus, le Gange, les déserts salés d'Iran... Voyager impliquait que l'on se fonde parmi les populations traversées, en comptant sur le facteur imprévu et l'aventure.Traverser vraiment le désert s'apparente à la navigation de haute mer en solitaire...

Jadis, voyager,c'était disparaître pour de longs mois. Les bateaux de Magellan ont mis trois ans pour faire le tour du monde et personne ne savait où ils étaient. Nos grands-parents qui se déplaçaient beaucoup moins que nous , étaient en réalité plus avertis de géographie que nous. Source : J-C Barreau et G. Bigot

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Avant 1914, Onésime, un des frères Reclus qui avait créé une école de géographie avec Elisée, ne craignait pas de décrire la planète en un seul volume intitulé la Terre à vol d'oiseau et ce en 1876, avant l"invention de l'avion. Depuis lors, la géographie est la science des frontières, des limites et des lieux de passage et de métissage. Le monde est ainsi couvert de lignes de fracture tectonique ou de civilisation. Si l'on compare Gênes et Venise, c'est-à-dire la montagne, découpée en multiples calanques qui se jette dans la mer et la mer qui inonde de ses marées une lagune de marais, on comprend que, pour construire des digues, maîtriser les sables et les aqua alta, un Etat fort s'imposait à Venise, devant laquelle la république de Gênes s'effaça..

Alexandra David-Neel

" Voyager sans rencontrer l'autre, ce n'est pas voyager. C'est se déplacer." A.David  Neel

Après des études musicales et lyriques, des cours sur le Tibet au collège de France, en 1891, elle s'embarque pour l'Inde et parcourt le pays pendant un an. De retour en France, elle se lance dans une carrière d'artiste lyrique, se produit dans différents théâtres et multiplie les tournées à l'étranger. En 1904, elle épouse Philippe Neel, collabore à diverses revues anglaises et françaises et organise de nombreuses conférences sur le bouddhisme et l'hindouisme. Elle embarque pour un voyage en Inde de quelques semaines qui durera en réalité quatorze ans - un voyage érudit, apprenant les idiomes, traduisant les manuscrits, rencontrant des sages et des lettrés et s'essayant à la méditation. En 1912, afin d'approcher les arcanes du bouddhisme tibétain, elle devient disciple d'un grand maître; elle séjourne dans un ermitage où elle mène une vie d'ascète. De villes en déserts, de monastères en vallées, au terme de plus de 3.000 km, elle découvre la cité interdite de Lhassa...

Joachim du Bellay

"Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage."

Joachim Du Bellay appartenait à une illustre famille angevine. Il étudia à Poitiers où il fit la connaissance des milieux humanistes et rencontra Ronsard, ce qui décida de sa vocation poétique. Du Bellay  partit pour Rome afin de devenir le secrétaire de son oncle, le cardinal Jean Du Bellay. Ce séjour qui dura quatre ans fut un choix malheureux. Le poète s'ennuya et souffrit de l'éloignement de son pays et des membres de la Pléiade. Il écrivit pour en témoigner 'Les Regrets', beau recueil mélancolique, d'où est extraite cette citation.

Roi de Zibeline

Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, élevé par un précepteur, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar...Le baron Beniowski n’a vécu à Madagascar que quelques années, pourtant, il a marqué l’histoire de la Grande Île - la côte est plus exactement- par ses incroyables péripéties et alliances avec les tribus autochtones. Ce Slovaque aux multiples vies, initialement envoyé à Madagascar par le roi de France pour y construire un comptoir, se détourne de sa mission pour servir ses propres intérêts et ceux des Malgaches...

L'homme est un voyageur qui s'étonne d'exister, qui s'interroge sur le chemin ainsi que sur le terme et le sens de son voyage...

Voyager dans sa tête - Le Douanier Rousseau

 Henri Rousseau garde une part de mystère. Modeste employé de l'Octroi, autodidacte devenu peintre sur le tard, il produit une œoeuvre décalée. On parle de rêve éveillé, d'imagination créatrice, et même, selon la formule d'André Breton, de "réalisme magique". Mais tous ces qualificatifs se perdent dans cette singulière vérité : le Douanier Rousseau n'a jamais quitté Paris.

Il a puisé l'essentiel de ses figures dans les imageries populaires, des cartes postales, des journaux illustrés, un album "Bêtes sauvages" de l'époque, et les seuls fauves et végétations tropicales qu'il ait jamais vus dans sa vie sont ceux du Jardin des Plantes. Citadin en mal d'ailleurs ? Amateur naïf à l'imagination débordante ? 

Si les images qui nous viennent immédiatement à l'esprit à l'évocation de son nom sont ses jungles, plus de la moitié de ses œuvres sont pourtant consacrées à des vues de Paris et de banlieues. S'infiltre dans ces toiles aux paysages urbains pourtant familiers, une étrangeté subtile et insaisissable. Dans ces décors presque démodés apparaît toute la complexité du peintre....

Voyage autour de ma chambre- Xavier de Maistre

"J'ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j'ai faites, et le plaisir continuel que j'ai éprouvé le long du chemin, me faisaient désirer de le rendre public. Car, dans l'immense famille des hommes qui fourmillent sur la surface de la terre, il n'en est pas un seul - non, pas un seul (j'entends, de ceux qui habitent des chambres) - qui puisse, après avoir lu ce livre, refuser son approbation à la nouvelle manière de voyager que j'introduis dans le monde. Le plaisir qu'on trouve à voyager dans sa chambre est à l'abri de la jalousie inquiète des hommes ; il est indépendant de la fortune." Xavier de Maistre, contemporain de Chateaubriand, est né dans le duché de Savoie, rattaché à la Sardaigne. C'est en 1794 qu'il écrit le Voyage autour de ma chambre au cours des quarante-deux jours d'arrêts qui lui sont infligés dans sa chambre de la citadelle de Turin pour s'être livré à un duel contre un officier piémontais...

Suarès et la Sicile

Suarès, lors de son premier voyage en Italie, en 1895, séjourne à Rome et va jusqu'en Sicile. "Quand je sortais à peine de la Sorbonne, j'ai couru l'Italie à pied, entre Gênes et Sélinonte, avec moins de quarante sous par jour" dit-il. En 1932, il écrit sur la Sicile : " quand le vent du sud aveugle le voyageur et le poudre de sa gluante poussière, on va malgré soi vers la mer, à deux pas, derrière la dune. On a besoin de percer l'ourlet jaune du sable, de rentrer dans la vie des enfants et des pauvres pêcheurs.... A quelques cinq ou six pas de la mer, les débris des siècles et des temples dorment dans leur suaire de sable et de poussière. N'est-il pas étrange que les maisons des dieux morts fassent la solitude et le désert autour d'eux ?"

Source : Temples grecs, maisons des dieux d'André Suarès

Invitation au voyage de Baudelaire


L'Invitation au voyage est le titre de deux poèmes inspirés par Marie Daubrun. L'un en vers, dans les Fleurs du mal et l'autre en prose, publié en 1869 dans le Spleen de Paris que l'on a choisi   Il ne s'agit pas d'un voyage mais d'une promesse de voyage épanouissant le rêve: le poète décrit un pays idéal (inspiré de la Hollande) où ils pourraient s'installer ensemble...

INVITATION AU VOYAGE - petit poème en prose

Il est une contrée qui te ressemble, où tout est beau, riche, tranquille et honnête, où la fantaisie a bâti et décoré une Chine occidentale, où la vie est douce à respirer, où le bonheur est marié au silence. C’est là qu’il faut aller vivre, c’est là qu’il faut aller mourir !

Oui, c’est là qu’il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l’infini des sensations. Un musicien a écrit l’Invitation à la valse ; quel est celui qui composera l’Invitation au voyage, qu’on puisse offrir à la femme aimée?

Matisse s'est inspiré du dernier vers Luxe, Calme et Volupté de la version des Fleurs du mal...