Le voici qui arrive sur scène, Keith Jarrett en personne, mythe vivant qui se dirige d’un pas de sénateur vers le piano pendant qu’une longue ovation le salue. Il contemple le clavier, se sèche les mains dans une serviette éponge blanche, se tourne alors vers le public et lui retourne sobrement son salut d’un geste de la tête. Il est vêtu de noir, pantalon et chemise, et porte de petites lunettes en verres fumés. Quand les applaudissements se sont éteints et que le silence s’est fait, il entame sur un tempo lent et en rubato une exploration de sa mémoire musicale classique des débuts du 20ème siècle : il cherche un fil à travers des réminiscences de Debussy, Ravel, mais aussi de Webern et même de Schönberg, sans jamais les citer, juste en se laissant porter par quelques accords qui lui viennent sous les doigts, croisant les mains sur le clavier, et il se lève parfois comme pour les trouver dans le corps même du piano.

 source : blog de Michel Contat