2. janv., 2018

la solitude lumineuse par Pablo Neruda

Plongé dans mes souvenirs, je dois soudain revenir à la réalité. C'est le bruit de la mer. J'écris ces lignes à l'île Noire, sur la côte près de Valparaiso.Les grandes bourrasques qui ont fouetté le littoral viennent de se calmer. L'océan - ce n'est pas moi qui le regarde de ma fenêtre mais c'est plutôt lui qui m'observe de ses mille yeux d'écume - conserve encore dans sa houle la terrible ténacité de la tempête.

 .. Sous les volcans, auprès des glaciers, entre les grands lacs, le parfum, le silence, l'enchevêtrement de la forêt chilienne... Les pieds s'enfoncent dans le feuillage mort, une branche fragile a crépité, les raulis  géants dressent leur stature hérissée, un oiseau de la sylve froide passe, bat des ailes, s'arrête dans les branchages noirs. Et puis, de sa cachette, sa voix s'élève comme un hautbois... Mon nez reçoit et transmet à mon âme l'odeur sauvage du laurier, l'essence indéfinissable du boido ... Le cyprès des Guaïtecas me barre le chemin... C'est un monde vertical : une nation d'oiseaux, une foule de feuilles...