Les signes avant coureurs.

Les oiseaux se sont tus, les poissons se sont déplacés, les éléphants ont fui. Les témoignages n'ont pas manqué pour décrire les changements de comportement de certains animaux quelques minutes avant que les vagues du tsunami ne ravagent les côtes de l'océan Indien, le 26 décembre 2004.

Ll'homme était resté aveugle et sourd à des signes avant-coureurs de la catastrophe que de nombreuses espèces sauvages avaient su percevoir. Cette accumulation d'anecdotes ne suffit toutefois pas à fonder la moindre certitude scientifique, a fortiori digne de justifier la mise en place de procédures d'alerte à partir de l'observation de la faune.

Tremblement de terre et serpent

. Pendant l'hiver 1975 une catastrophe avait pu être évitée dans la ville chinoise d'Haicheng grâce à l'évacuation des habitants juste avant un tremblement de terre majeur. Les autorités auraient été alertées par le comportement étonnant des serpents qui, subitement, avaient quitté leurs cachettes d'hibernation pour venir mourir dans la neige.
Depuis, plusieurs autres séismes très meurtriers n'ont pu être anticipés en Chine. Les scientifiques de ce pays sont toutefois les seuls à avoir persévéré dans l'analyse de ces phénomènes.


Les poissons et les mammifères marins

Pour décrire ce spectre de perceptions plus développé que chez les humains, on peut penser que les poissons ont, les premiers, senti l'arrivée de la vague grâce à leurs lignes latérales, un ensemble d'éléments leur permettant de se déplacer selon l'orientation des courants. Les mammifères marins ont pu se rendre compte de qui se passait à distance, en faisant de l'écholocation, c'est-à-dire en émettant des ultrasons qui leur reviennent comme un sonar et leur montrent les changements du milieu."
A Sanriku, au Japon, en 1896, les anguilles envahirent la plage avant un séisme et un tsunami.

Les vibrations de la terre

Les oiseaux, eux, "ont pu faire appel à leur faculté, cruciale pour les migrateurs, de ressentir les ondes électromagnétiques peut-être émises, dans ce cas, par le séisme". Les éléphants disposent de modes de communication particuliers. "Ils ont pu percevoir des infrasons émis par le tremblement de terre, inaudibles par l'homme, puis émettre des signaux d'alerte dans les mêmes fréquences. Grâce à l'extrême sensibilité de leurs pattes, ils ont pu également ressentir les vibrations de la terre, les ondes de surface qui sont arrivées avant la vague." Des études américaines ont en effet montré que les éléphants peuvent communiquer entre eux à une vingtaine de kilomètres à la ronde en frappant le sol. En outre, les animaux sont très attentifs aux changements de leur milieu, et leur vitesse de réaction, instinctive, est bien supérieure à celle de la réflexion humaine.

L'approche scientifique

Afin de survivre aux multiples dangers auxquels ils sont confrontés, les animaux ont développé à l’extrême leurs facultés de perception. Chez certaines espèces animales, c’est l’ouïe qui s’est spécialement affinée. Le spectre sonore qu’elles captent est fortement augmenté vers le haut ou vers le bas, leur permettant ainsi d’entendre «de loin» leur ennemi.es chauves-souris et les insectes, par exemple, perçoivent les ultrasons qui sont inaudibles à l’être humain. Or, les roches soumises à de fortes pressions, comme c’est le cas lorsqu’un tremblement de terre se prépare, émettent des sons de très haute fréquence. C’est certainement pour cette raison qu’au Sri Lanka, peu avant le séisme qui déclencha le tsunami de décembre 2004, des témoins ont vu des milliers de chauves-souris quitter, en plein jour, le fond de la grotte où elles étaient réfugiées, alors que ces animaux ne sortent normalement que la nuit.

Poules, oies, pigeons

Il est d’observation courante que les poules, les oies et les pigeons manifestent une très grande agitation avant les tremblements de terre. D’après certains chercheurs, cet affolement serait dû à la capacité de ces oiseaux à percevoir les émissions de gaz radioactifs, comme le radon, émissions qui ont lieu lorsque les couches de roches souterraines qui retiennent les gaz en profondeur se fendillent et se déplacent peu avant que la terre ne tremble.

La finesse des perceptions des animaux est certainement une partie de l’explication du pourquoi de la prescience du danger qu’ils possèdent, mais elle n’explique pas tout.

Deux raisons poussent à penser qu’il doit y avoir autre chose que ce sixième sens dont on parle tant. La première raison est que les animaux réagissent avant que l’événement ait lieu et la deuxième qu’ils réagissent de manière intelligente, adaptée au danger.