Livourne et ses marchands

« Il y a quelque vertige à imaginer qu’au XVIe siècle, un morceau de corail rouge de Méditerranée, pêché en plein été au large de la Corse ou de la Sardaigne, ait pu achever sa course sur les contreforts enneigés de l’Himalaya, dans un atelier de taille cachemiri réservant ses plus belles pièces aux princes de la cour moghole. Telle est pourtant la réalité de ces réseaux de négoce à longue distance qui, dès l’aube de l’époque moderne, relient la Méditerranée orientale aux comptoirs de l’Asie portugaise via Lisbonne ou Alep.

Avec les marchands sépharades de Livourne en Toscane qui ont bâti au XVIIe siècle, au prix d’alliances toujours précaires, de vastes réseaux d'échanges, courant de la péninsule Ibérique au sous-continent indien, s'est écrite une histoire peu connue...

Coraux entre Méditerannée et Océan Indien au 18ème siècle

Entre le milieu du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, un vaste réseau d’échanges relie le port toscan de Livourne, l’un des principaux centres de redistribution du corail méditerranéen, à Goa d’où sont exportés des diamants bruts provenant du monde indien. Ce commerce interculturel à grande distance est animé par la communauté des marchands juifs actifs à Londres, Amsterdam, mais aussi et surtout à Livourne, capitale méconnue de la diaspora sépharade. Or comment et sur quoi des Juifs sépharades de Livourne, des Hindous de Goa membres de la caste des Saraswat, des Italiens catholiques de Lisbonne peuvent-ils s’entendre ?

Monopole et capitalisme privé.

A côté des compagnies des Indes, avec leurs monopoles et leurs actionnaires, le capitalisme reste pour l’essentiel organisé en sociétés de personnes, avec une importante composante familiale. D'où le choix de l'étude des réseaux de la société commerciale Ergas § Silvera.

Les quelques associés choisissent des correspondants que, pour beaucoup, ils ne rencontrent que très rarement, voire jamais, et à qui pourtant ils confient des opérations importantes et risquées, avec des appuis juridiques qui peuvent sembler faibles : mandataires ou commissionnaires sont parfois porteurs d’un acte notarié, souvent désignés par une simple lettre. En restant au plus près des sources, est rendu ainsi hommage à la "première mondialisation' avec ses méandres et ses visages. "

Et les diamants !

La légende du diamant, le Hope régulièrement relancée, car il aurait été remis à Louis XIV qui l'aurait fait tailler, veut que la pierre ait été achetée dans l'immense marché aux diamants de Golconde, en Inde sous l'empire moghol. l'origine du diamant est même prouvée par les archives mogholes d'Hyderabad.

En septembre 1792, le diamant est dérobé au garde-meuble national lors du vol des joyaux de la Couronne de France. Le diamant et ses voleurs quittent la France pour l'Angleterre. La pierre y est retaillée pour être plus facilement vendue et sa trace se perd jusqu'en 1812, exactement vingt ans et deux jours après le vol, durée suffisante pour que le vol soit prescrit.


Les nouvelles routes maritimes de la Soie

La nouvelle route maritime de la Soie, dont l'idée a été lancée par la Chine pour les vingt années à venir est censée intensifier le commerce depuis les principaux ports chinois jusqu'à l'Europe. Elle relierait les ports européens, via la Méditerranée, le canal de Suez et l'Océan Indien, à Shanghai. Mais, en fait, existaient entre l'Europe et l'Asie plus  de 7000 km de pistes reliant la Chine au bassin méditerranéen qu'empruntaient les caravaniers de La Route de la soie. Les Portugais furent les premiers Européens à chercher à contourner le monopole arabe en mettant au point une route maritime vers « les Indes orientales . Les Portugais devinrent alors les maîtres du commerce maritime et Lisbonne le plus grand port européen. C'est cette ancienne route du thé qui devrait servir de fil rouge pour les échanges maritimes avec ShanghaI comme plaque tournante.