Le boléro de Ravel

On dit du Boléro de Maurice Ravel qu’il fait partie des pièces de musique classique les plus jouées, et qu’une exécution débute toutes les quinze minutes à travers le monde. Tout le monde - ou presque - connaît le Boléro, mais sait-on qu’il faillit ne jamais voir le jour ?

En 1927, Ida Rubinstein commande un “ballet de caractère espagnol ” à Maurice Ravel, mais le compositeur n’a pas encore en tête le Boléro. Dans un premier temps, il envisage d’orchestrer six pièces extraites d’Iberia d’Albéniz. Problème : les droits d'Iberia sont la propriété exclusive de son ancien élève Enrique Arbos. Quand on connaît l’imbroglio des droits du Boléro jusqu’à ce jour, Enrique Arbos proposa à Ravel d’abandonner les droits, le compositeur était déjà passé à autre chose. Un projet simple, selon ses propres mots : “un thème qui ne va pas durer une minute mais que je vais répéter jusqu’à 18 minutes  ”. Voici le Boléro.

Ida Rubinstein, Toscanini

A force de l’entendre en version de concert, on finit par oublier que le Boléro est une musique de ballet. C’est d’ailleurs la danseuse russe et icône de la Belle Époque Ida Rubinstein qui commanda l’œuvre à Ravel. Elle souhaite un ballet d’inspiration espagnole, le compositeur finit - après quelques détours - par lui offrir le Boléro, danse espagnole à trois temps apparue au XVIIIe siècle. Ravel ne plaisantait pas avec l’interprétation de son Boléro. Le grand chef Arturo Toscanini en fit les frais en mai 1930 : après avoir dirigé l’œuvre deux fois plus vite que ne le voulait le compositeur, ce dernier refusa de serrer la main au chef d’orchestre. Toscanini dit alors à Ravel “vous ne comprenez rien à votre musique. Elle sera sans effet si je ne la joue pas à ma manière ”, ce à quoi Ravel aurait répondu “Alors ne la jouez pas ”.

Composition

Si le Boléro assura à Maurice Ravel un succès planétaire, le compositeur ne manquait pas de railler sa composition. Alors qu’une personne aurait crié “Au fou !” le soir de la création, le compositeur aurait murmuré   “Mon chef-d’oeuvre ? Le * Boléro, voyons ! Malheureusement, il est vide de musique”,  sans oublier un “n’importe quel élève du Conservatoire devait, jusqu’à cette modulation-là, réussir aussi bien que moi ”.

Les droits d'auteur

L’histoire des droits d’auteurs est rocambolesque, mêlant fais divers, conflit d’intérêt, lobbying, et même sociétés offshore au Panama… Elle démarre à la mort de Maurice Ravel, le 28 décembre 1937, et ne prend que partiellement fin avec l’entrée du Boléro dans le domaine public, le 1er mai 2016. Partiellement, car l’œuvre reste toujours protégée dans de nombreux pays (dont les Etats-Unis, et ce jusqu’en 2024), mais aussi car de nombreux points d’ombre subsistent quant aux bénéficiaires desdits droits, dont le montant s’élèverait à pas moins de 46 millions d’euros entre 1970 et 2006.

Reprises

Le Boléro de Ravel n’est peut-être pas l’œuvre classique la plus reprise, au regard notamment de la 9ème symphonie de Beethoven ou Dans l’antre du roi de la montagne de Grieg, mais elle figure néanmoins en excellente position. Du jazz (Benny Goodman) au rap (Saïan Supa Crew) en passant par la musique électronique, la variété française ou le mambo, on dénombre des dizaines de reprises.

Parmi ces reprises, celle de Frank Zappa en 1991 fit grand bruit : la maison d’édition Durand, qui édite le Boléro, s’opposa à la commercialisation du disque, contraignant l’artiste à les retirer du marché. Le cas n’est pas isolé ; en 1970, le groupe de rock James Band auquel appartient Joe Walsh (futur membre des Eagles ) sort un disque intitulé James Gang Rides Again, sur lequel figure la chanson The Bomber : Closet Queen / Boléro / Cast Your Fate to the Wind, qui reprend le Boléro. Là encore, les ayants droit s’opposent à cette reprise, et le disque est retiré de la vente.