Le passage du nabisme au fauvisme

Les nabis sont les peintres de l'intimité bourgeoise avec sa juxtaposition de plans colorés aux valeurs très contrastées, qui n’aura de cesse que d’affirmer sa planéité. Qu’il s’agisse de la tendance mystique (Denis, Sérusier, Ranson), marquée par les primitifs toscans et l’art byzantin, ou de la tendance moderne (Bonnard, Vallotton, Vuillard), inspirée par les estampes japonaises et la photographie, tous contribuent à réinventer un langage plastique qui marquera durablement les esprits et contribuera à l’émergence des avant-gardes du début du XXe siècle, le fauvisme notamment.

Salon d'Automne de 1905 au Grand Palais

Premier véritable scandale artistique du 20e siècle, le fauvisme ouvre le bal des avant-gardes. La femme au chapeau de Matisse choque par ses couleurs et fait dire à un critique d'art que la salle VII est une cage aux fauves, d'où le terme de fauvisme  Bien que certains des artistes de la salle VII aient pratiqué ensemble la peinture (Matisse et Derain à Collioure, pendant l’été 1905), aucun n’a jamais revendiqué une quelconque appartenance à un mouvement constitué et régi par des principes qu’ils auraient édictés collégialement. En revanche, il est vrai que beaucoup se connaissaient (ils ont été nombreux à fréquenter les cours de Gustave Moreau à l’Académie des beaux-arts) et que certains, liés d’amitié, échangeaient fréquemment sur l’avancée de leur travail. Ainsi, en 1905, Derain écrit à Vlaminck : « Je me suis laissé aller à la couleur pour la couleur ».

L'atelier de Gustave Moreau

L’appellation de « fauves » est donnée par le critique français Louis Vauxcelles à ces peintres liés par des habitudes de vie et un travail en commun (Henri Matisse, Maurice de Vlaminck, André Derain, Albert Marquet, Georges Rouault, Raoul Dufy, Georges Braque, et Kees van Dongen), dont les œuvres font scandale au Salon d’automne de Paris, en 1905, à cause de la « sauvage » violence expressive de la couleur, appliquée dans des tons purs. La formation du fauvisme remonte à la période située entre 1894 et 1897, lorsque Manguin, Matisse, Camoin et Marquet se rencontrent dans l’atelier de Gustave Moreau à l’École des beaux-arts de Paris : les aquarelles du maître, aux taches de couleur librement disposées, et la ligne en arabesque de ses croquis constituent une première contribution à la formation picturale des futurs fauves.

Tout au long de sa carrière, Gustave Moreau utilisa largement l’aquarelle dans les travaux préparatoires à ses peintures. C’est non seulement par l’aquarelle qu’il projette, sous de petites dimensions, sa vision du futur tableau, mais c’est à elle également qu’il a recours pour étudier les accords de couleurs ou improviser des variantes très libres. Moreau pratiqua l’aquarelle pour elle-même, donnant ainsi ses lettres de noblesse à un genre réputé mineur.

L'influence de Gauguin

L’influence de Gauguin, connu par ses deux expositions parisiennes de 1904 et de 1906, marque les développements du fauvisme après le fameux Salon de 1905 : les petites touches de couleur non mélangée font place à des plus grandes surfaces colorées (où l’on sent aussi l’influence de Manet) traversées et interrompues par des signes sinueux et très mobiles. L’enthousiasme pour la sculpture africaine et océanienne contribue également à diriger la recherche des fauves : il est fondé sur la conviction que l’art primitif réalise la synthèse de perception et d’expression recherchée par le peintre fauve lorsqu’il fait exploser sur la toile, les bleus, les rouges, les jaunes, les couleurs pures sans aucun mélange de tons.