Pourquoi cette fascination pour l'île ? Umberto Eco

Non pas tant parce qu'elle est un lieu qui, comme le dit le mot  lui-même, est isolé du reste du monde- des endroits séparés de la société civile Marco Polo en a trouvé sur des terres illimitées. Mais, jusqu'au 18ème siècle, on pouvait découvrir une île par hasard et, à l'instar d'Ulysse, on pouvait même s'en échapper,  mais il était impossible de la retrouver, faute d'en avoir déterminé la longitude auparavant qui associée à la latitude permet de fixer un point.

Ensuite, commencent les récits des voyageurs du 18ème siècle :Cook, Bougainville, La Pérouse. Eux aussi, ils cherchaient des iles, soit qui n'existaient pas, comme la Terre Australe sur laquelle fabulaient tous les atlas, soit une île déjà trouvée un jour mais perdue à  jamais.

Pourquoi les îles se sont-elles perdues ?

Dès l'Antiquité, le navigateur n'avait pas d'autres point de repère que les astres. En 1528, Alvaro de  Sanvedra était déjà parti à la recherche des îles Salomon, ces îles légendaires où l'on espérait trouver de l'or.Il les atteint mais personne ne réussit plus à les retrouver, pas même lui. Les Hollandais, au 17ème siècle, constituaient leur Compagnie des Indes avec point de départ la ville de Batavia pour leurs expéditions et non les îles Salomon introuvables. Des prates anglais ont sans doute découvert des îles à l'est des Salomon.

Personne n'allait retrouver les îles Salomon, si bien que beaucoup pensèrent qu'il s'agissait d'une légende. Et c'est bien le problème qui a miné les navigateurs jusqu'au  18ème siècle. Il n'y avait pas de moyens sûrs pour déterminer la longitude. Car on sait que New-York et Naples se trouvent sur la même latitude mais elles sont à une longitude différente. C'est-à-dire sur un degré différent de méridien.Comme le disait Pline, certaines îles fluctuent toujours.

la Terre Australe

Ressentie par les géographes grecs, imaginée par Marco Polo qui la disait riche d'or et d'épices, la Terre australe demeure inconnue. Sur les cartes, elle est représentée comme un continent qui assure, par son poids, l'équilibre du globe. Au début du XVIIe siècle, sa quête stimule de nombreux voyages d'exploration. L'Espagnol Luis Vaez Torres longe la côte méridionale de Nouvelle-Guinée dont il prouve l'insularité. Mais il ignore traverser un détroit (qui portera son nom) et frôle de peu l'Australie. La Terra australis incognita reste introuvable, mais d'autres sont découvertes. Il faudra attendre encore un siècle et les voyages de Cook pour que le mythe soit totalement dissipé.