Les champs d'Ali

Il y a longtemps, un vieil ouvrier m’avait confié le secret du nom d’Allichamps: selon lui, il s’agissait des “champs d’Ali”, chef arabe survivant de la bataille de Poitiers, venu fixer l’Islam en pleine vallée du Cher. Bien plus tard, sa mosquée avait été remplacée par les Chrétiens par la chapelle qu’on peut voir encore aujourd’hui au milieu, ou presque, des champs.
Si mon informateur avait su tout ce que contient le sol de ce périmètre de la basse vallée du Cher, il aurait sans doute jeté Ali aux orties pour me parler de César et Charlemagne: Allichamps est un lieu à la stratigraphie complexe sur lequel aucune somme objective des connaissances le concernant n’a encore été réalisée.

Tailleurs de pierre

 A l’époque où on racontait les exploits de l’émir Ali, on ne visitait ce qui n’était encore qu’une grange poussiéreuse. En montant sur les bottes de foin, on arrivait au niveau des chapiteaux.
On est tout de suite frappé par la qualité du travail des tailleurs de pierre romans. Des modillons extérieurs aux chapiteaux intérieurs, l’expression artistique est d’une richesse presque égale aux sculptures de l’abbaye de Plaimpied. Entre autres curiosités, on observe des couvertures en lauzes, qui sont peut-être à associer aux bories qu’on voit dans les vignes entre Chavannes et Châteauneuf.

L'âne du Berry

Sa participation à la réalisation de la première Révolution industrielle est déterminante dans le succès d'un certain nombre d'entreprises. On pense en particulier au rôle que des milliers d'animaux ont joué dans la traction des péniches sur le canal de Berry mais on sait moins que des ânes ont été employés dans les mines de charbon de la Nièvre avant l'arrivée des motrices diesel dans les puits. L'étroitesse des galeries ne permettant pas de faire descendre des chevaux comme dans les mines du Nord, des ânes ont pendant des décennies tracté les wagonnets de houille. Des écuries souterraines leurs permettaient de se reposer. Le matériel de trait était adapté à ces conditions de travail très particulières, avec des brides rembourrées sur le haut du front pour éviter que les bêtes se blessent contre les boisages des galeries. Indirectement, par la production de mulets, les ânes de la région ont généré des animaux puissants indispensables pour alimenter en minerais et en charbon les forges du premier âge industriel.