Le Liban expliqué à mes proches par Emilio El Dib

Le Liban porte le nom de sa principale chaîne de montagnes, le Mont-Liban. L’épopée babylonienne de Gilgamesh, l’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité, raconte un périple à destination de la montagne libanaise. Au cours de cette aventure, le héros accomplit un voyage initiatique vers la forêt des cèdres du Liban dans laquelle se trouverait l’élixir de la vie éternelle.

L’Ancien Testament mentionne le Liban des dizaines de fois, souvent sous forme de métaphores se rapportant à son abondance et son vin, à sa montagne et aux qualités de son cèdre, à ses fleuves et sa neige éternelle.

La neige du Liban abandonne-t-elle le rocher des champs ? Ou voit-on tarir les eaux qui viennent de loin, fraîches et courantes ? Jérémie 18:14 

Le nom du Liban proviendrait de la racine phénicienne lbn — prononcée laban — qui signifie blanc. Celle-ci évo­que­rait ses sommets enneigés.

Depuis la plus haute Antiquité, les habitants escaladaient cette montagne — qu’on appelait déjà « Liban » — pour célébrer des cérémonies religieuse­s et présenter des offrandes aux dieux.

 

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Le Liban est-il un désert ?

Cette question suscite une vive réaction de la part de beaucoup de Libanais. Il faut reconnaître que les paysages de ce pays n’ont rien en commun avec les images de Lawrence d’Arabie sillonnant les dunes de sable à dos de dromadaire.

Le Liban est aride comparé aux forêts luxuriantes françaises, mais pas plus que le parc national des Calanques. Le passager d’un avion en partance de Beyrouth vers une destination orientale observera le changement dramatique de paysages entre la montagne verte du Liban et les couleurs désertiques des plaines syriennes et jordaniennes. Les étages élevés du Mercantour sont couverts de mélèzes, ceux du Mont-Liban sont parsemés de cèdres. Les deux domaines se hissent à des altitudes équivalentes pour atteindre des cimes enneigées. Enfin, comme le Mercantour d’aujourd’hui dans lequel ces grands mammi­fères ont été réintroduits, le Mont-Liban foisonnait de bouquetins, de chevreuils, de cerfs et de loups.

Pour ces raisons, si on veut déclencher la colère d’un Libanais, il suffit de lui demander si le Liban est un désert.

Le Mont Liban

Alors que le Liban ne mesure que soixante kilomètres de large, deux chaînes de montagnes le traversent du nord au sud : le Mont-Liban et l’Anti-Liban. Ces massifs occupent la majeure partie de son territoire et culminent à plus de trois mille mètres, conférant au pays un relief remarquable dans cette partie du monde.

Grâce à sa terre abritant plus de deux mille sources et à ses pluies et neiges abondantes, le Liban est riche en eau. Une quarantaine de rivières et de fleuves le parcourent, représentant plus de deux milliards de mètres cubes d'eau.

Une histoire plusieurs fois millénaire

La préhistoire du croissant fertile, et du Liban en particulier, se compte en centaines de milliers d’années. Elle a laissé ses traces sur plusieurs centaines de sites archéologiques répartis sur toutes les régions de l’actuel Liban.  

Notamment à Byblos, ville côtière au nord de Beyrouth qui compte parmi les plus anciennes villes du monde,  on commença à construire les premières habitations en pierre il y a plus de sept mille ans…Voici des milliers d'annéess résumés d'histoire :

Phénicie, Ère hellénistique,Ère romaine, Ère arabe,Sultans turcs, kurdes et caucasiens. Croisades (voir les Croisades vues par les Arabes par Amin Maalouf, 2005)
Epoque ottomane. Le Liban moderne.Mandat français. République libanaise.

Et, la guerre civile ?

Entre 1975 et 1990, le Liban se fit remarquer sur la scène internationale. Pendant quinze années, les Libanais s’entretuèrent. Pas une semaine ne passait sans qu’ils ne fournissent des images de sang et de chaos.

Cette période n’est pas passée inaperçue d’autant plus que la société libanaise jouissait d’une admirable réputation — de prospérité, d’ouverture et de tolérance. Le Beyrouth d’après guerre, lui, est devenu synonyme de destruction.

Les Libanais se sont cruellement battus : chrétiens contre musulmans, mais aussi chrétiens contre chrétiens, musul­mans contre musulmans, et même Palestiniens contre Syriens, Libanais contre Israéliens, Américains contre Soviets, Iranien­s contre Occidentaux… Outre sa nature religieuse, ce conflit a été un affrontement de puissances profanes — économiques et politiques, internes et externes.

Quinze ans durant, le Liban, cette parcelle du ciel posée sur la terre, a surtout servi de champ de bataille…

Les Libanais prient-ils Dieu ou Allah ?

Au Liban, qu’on soit chrétien, musulman ou juif, on prie Allah. Même quand on est athée, c’est en Allah qu’on ne croit pas !

La bible, le coran et la torah s’accordent sur le fait de renoncer au polythéisme et de croire en un seul dieu, celui d’Abraham, de Jésus et de Mahomet. Celui qu’on désigne par Allah.

Le mot « Allah » n’est ni plus ni moins que la traduction en arabe ou en libanais du mot « Dieu. » Il ne s’agit pas d’une divinité musulmane différente de celle des juifs et des chrétiens…

Une identité pour tous les Libanais

Le Liban est une République parlementaire. Le président de la République est chrétien maronite, le président du Conseil des ministres est sunnite et le président du Parlement un chiite. Le système législatif libanais est unicaméral. L'Assemblée nationale comprend 128 députés élus pour quatre ans. Les sièges sont répartis à parité sur une base confessionnelle (64 chrétiens, 64 musulmans).

La scène politique libanaise comprend :

  • les partis favorables au régime syrien, dont le Hezbollah d’Hassan Nasrallah et le mouvement Amal du président du Parlement Nabih Berry (chiites) et le Courant Patriotique Libre du président Aoun (chrétien) ;
  • les partis opposés à ce régime, dont le Courant du Futur du président du Conseil Saad Hariri (sunnite), les Forces libanaises de Samir Geagea et les Kataëb de la famille Gemayel (chrétiens) ;
  • un pôle « centriste », comprenant notamment le chef druze Walid Joumblatt et l’ancien président Michel Sleiman.

 (Voir Origines d'Amin Maalouf)