La Bibliothèque de Babel

D'un côté, c'est un cosmopolite incorrigible; de l'autre, un amoureux de sa ville, Buenos Aires, et de son pays. L'un des contes les plus fameux de Borges s'appelle La Bibliothèque de Babel (dans Fictions). L'auteur imagine une bibliothèque infinie, contenant la totalité des livres possibles, y compris leurs innombrables variantes. Dans ce cauchemar spéculatif, une race d'hommes angoissés erre à travers les salles, cherchant le Livre des Livres, le livre qui répondrait à toutes les énigmes. Cette quête dure également depuis une éternité, et dans leur désespoir, les hommes ont parfois brûlé des livres: qui sait, demande Borges, si le fameux Livre des Livres existe encore ? Car, bien entendu, chaque livre est unique.

Borgès, conteur

D'autres contes nous introduisent dans des labyrinthes, des espaces de miroirs, dans des mondes où les "moi" ne savent plus s'ils existent ou s'ils sont rêvés (comme dans Les Ruines circulaires, dans Fictions). Dans Enquêtes, un personnage d'ailleurs réel, Pierre Ménard, passe sa vie à réécrire Don Quichotte en espagnol, au début du XXe siècle. Borges s'amuse à comparer les deux Don Quichotte, qui sont pourtant formellement identiques. Irineo Funes, dans Fictions, a une mémoire tellement développée qu'il met une journée à se rappeler la journée antérieure

.Un style élégant, froid et cérémonieux, paraissant d'une logique imperturbable, transmet au lecteur les plus folles spéculations, à une distance elle-même infinie de la vie "ordinaire". Mais à n'importe quel moment, dans le conte ou l'essai le plus étrange, l'autre Borges — celui de Buenos Aires, de ses rues, de ses maisons, de ses cours, de ses faubourgs qui se perdent dans l'immense pampa — réapparaît, perdu cette fois dans un autre vertige, celui de la nostalgie d'un passé personnel ou national qui, peut-être, n'a jamais existé.

Cosmopolitisme

On a parfois accusé Borges d'être cosmopolite, d'être étranger à la réalité latino-américaine. Mais, bien qu'il soit fort peu intéressé, par exemple, par les mythologies préhispaniques — alors qu'il donne des cours à Buenos Aires sur les mythologies celtes et nordiques — il est encore latino-américain, paradoxalement, par son sens du cosmos, du fantastique, de l'immensité spatiale et temporelle, et il ne serait sans doute pas très difficile de retrouver dans l'oeuvre d'un Garcia Marquez, par ailleurs si différente, des obsessions analogues.

Son cosmopolitisme lui-même n'est pas n'importe quel cosmopolitisme: c'est celui de Buenos Aires, la grande ville des immigrés, ouverte à la fois sur l'Europe et sur l'Amérique, et séparée de cette Europe et de cette Amérique par les deux immensités de la mer et de la pampa.

Sa ville : Buenos Aires

 La maison originale a disparu depuis bien des années mais une plaque rappelle que Borges y a passé une partie de son enfance. L’écrivain l’a d’ailleurs mentionnée dans ses mémoires « Je suis né rue Tucumán, entre les rues Suipacha et Esmeralda, dans une maison (comme toutes celles de cette époque) petite et sans prétentions, qui appartenait à mes grands-parents maternels… ».

  Borges était fasciné par les tigres, chose qu’il décrit dans son livre « L’auteur et autres textes » (El Hacedor). Enfant, il pouvait rester des heures durant devant la cage des tigres du zoo de Palermo.

 Le grand peintre argentin Alejandro Schultz Solari (Xul Solar) était aussi astrologue et inventeur de religions et d’un immense et complexe jeu d’échecs. Il fut un grand ami de Borges qui le visitait fréquemment.

Enfin, une fondation, créée en 1988 par sa femme Maria Kodama, se trouve à deux pas d’une des maisons où habita Borges. On peut y trouver une multitude de tableaux, talismans, livres, prix, diplômes et un intéressant parcours biographique pour suivre les pas de l’écrivain à travers Buenos Aires.