Il y a ceux qui sont partis, loin de leur famille, comme Karen Blixen qui a choisi l'Afrique pour échapper à un milieu danois trop étriqué. Et il y a ceux qui se sont enfuis dans l'imaginaire, comme Edgar Allan Poe, d'origine américaine mais  qui a fait vivre et disparaître une maison de son imagination . Enfin, dans un autre ordre d'idées, mais tout aussi énigmatique, Isabel Allende fait revivre la maison aux esprits au Chili. C'est encore son imagination qui l'a amenée à conter l'histoire d'une saga familiale, attachée à une maison envoûtée...

La ferme africaine de Karen Blixen

J'avais une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong", c'est ainsi que débute le livre La Ferme africaine, publié sous le pseudonyme d'Isak Dinesen, alias Karen Blixen (1885-1962), en 1937. Dans la banlieue de Nairobi,  la demeure où la romancière danoise exploita de 1914 à 1931 une plantation de café est toujours présente . En 1918, pendant son séjour en Afrique, elle rencontra Denys George Finch Hatton, pilote britannique.

Avec son toit de tuiles rouges, son patio extérieur, le domaine affiche un décor colonial et suranné. On imagine la plantation quand elle faisait vivre 200 familles. La maison fut donnée au Kenya par le gouvernement danois lors de l'indépendance, en 1963. Le mobilier - vendu en 1931 après que la plantation de café en faillite avait pu être rachetée.

 

La maison Usher d'Edgar Allan Poe

Le narrateur raconte son arrivée face à la maison Usher : à cheval, il contemple le paysage qui l’entoure et ne peut s’empêcher de frissonner : « Je ne sais comment cela se fit, — mais, au premier coup d’œil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d’insupportable tristesse pénétra mon âme. »

Les premières lignes sont consacrées à la description de la maison ténébreuse et délabrée. Le narrateur tente de se convaincre que l’impression de surnaturel qu’il ressent, d’effroi caché, ne provient que de l’accumulation de détails macabres (arbres sinistres, fenêtres comme des yeux, etc.) Le propriétaire de la maison, Roderick Usher, est un ancien camarade d’enfance du narrateur. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps mais à la réception d’une lettre nerveuse parlant  d’une affection mentale oppressante, R. Usher demande au narrateur de venir le voir pour soulager son mal en tant que son seul et véritable ami. Mais, en fin de compte, il ne se passe pas grand-chose dans La Chute de la maison Usher.  Un homme arrive chez un ami ; il voit passer une femme au fond d’un salon, qu’il ne revoit plus mais qu’on lui annonce plus tard comme morte ; on enterre celle-ci ; on a peur, mais elle revit. Sans bonne raison, la maison s’écroule. Il n' y a rien là de bien extraordinaire, mise à part l’atmosphère. Toute la concentration du narrateur se porte sur l’état d’âme de Roderick et son attachement à cette maison familiale.

La maison aux esprits d'Isabel Allende

Ce roman nous entraine dans l’histoire d’une famille sur plusieurs générations, en évoquant l’Histoire d’un pays d’Amérique du sud jamais nommé mais facilement identifiable : le Chili.

Clara passa son enfance et les débuts de sa jeunesse entre les murs de la maison, dans un univers d’histoires merveilleuses, de silences paisibles où le temps ne se décomptait pas sur les cadrans ou les calendriers et où les objets avaient leur vie à eux, où les revenants prenaient place à table et devisaient avec les vivants, où passé et futur étaient de la même étoffe, où la réalité présente était un kaléidoscope de miroirs sens dessus dessous, où tout pouvait survenir.