Les voyageurs

Autrefois, les voyages n’étaient jamais simples. Il fallait avoir plus ou moins de moyens financiers, on pouvait rencontrer des bandits de grand chemin, des animaux sauvages etc…

 

L’origine du mot kârwân (caravane) est Karban qui signifie troupe de voyageurs. En effet, un groupe de marchands se réunissait et ils constituaient ensemble une caravane pour se protéger des attaques de bandits. Ainsi, le chef de la caravane (Kârwânsâlâr) planifiait le déplacement, il décidait de la date du départ, des arrêts à prévoir et il choisissait aussi une route sûre. Pour ce faire, il tenait compte aussi du nombre de voyageurs.

 

Une fois le voyage décidé, les Jârchis (les crieurs publics) annonçaient la date retenue, les étapes prévues et les villes traversées. Ainsi, les voyageurs intéressés par le circuit se présentaient au Kârwânsâlâr pour obtenir une place au sein de la caravane. Ce pouvait être aussi des pèlerins ou des petits commerçants qui souhaitaient entreprendre ce voyage.

Les relais de poste : premiers caravansérails royaux.

Les relais de poste furent les lieux de logement les plus anciens de l’empire perse. L’étendue de cet empire exigeait le développement d’un réseau routier. Les Perses ont été reconnus, d’ailleurs, comme les premiers à avoir créé la poste. Darius1re , le troisième roi des Achéménides, a établi ce système de communication pour transporter les ordres royaux, les lettres et les colis dans toutes les régions de son empire afin de gérer les affaires administratives. Ce système était composé de postiers rapides (Tchâpaâr) et de relais de poste (Tchaparkhâne). Ces derniers permettaient ainsi aux postiers ou messagers de se reposer et de changer de chevaux. Ils furent à l’origine des caravansérails.

La transmission des messages royaux se faisait régulièrement. « Rien ne devait empêcher la transmission des messages, ni le chaud, ni le froid, ni la nuit sombre. » nous dit Darius 1re.  Hérodote nous confirme que rien n’était plus rapide que les messagers perses. Pour lui, le fait d’avoir 111 relais de postes tout au long de la Route royale (2400 km de Suse à Sarde), tous en bon état, permettait d’assurer un degré de sécurité élevé et l’assurance que les dépêches arriveraient à bon port.

caravansérail Abassi

L’arrivée de l’islam va accélérer la construction des caravansérails. Le caravansérail de Robat-e Sharaf au nord-est de l’Iran remonte à l’époque seljukide. Mais l’âge d’or de la construction des caravansérails est l’époque safavide. L’idée de développer le commerce intérieur et extérieur nécessitait un système routier développé. Le commerce, à cette période, était très prospère. Ainsi les rois safavides, surtout Shah Abbas 1er, ont rénové les anciens caravansérails et en ont édifié de nouveaux très nombreux.

Le  caravansérail Abassi à Meybod en est  l’exemple le plus important et le plus somptueux. Situé sur la route principale reliant Yazd à Ispahan, on trouve à côté une citerne, un relais de poste, une glacière et surtout le passage d’un qanat, destiné à la captation d'une nappe d'eau souterraine et l'adduction d'eau en surface.

Le sabbat, le robbat, le khan

Le caravansérail était l’un des bâtiments qui se trouvait sur la route des voyageurs. Son rôle était plus qu’un lieu permettant de se loger. Les voyageurs des quatre coins du monde s’y réunissaient, non seulement pour échanger leurs marchandises, mais aussi leurs opinions et leurs pensées. De fait, il était un média dont le rôle était de propager les nouvelles. Celui-ci était aussi une forteresse routière où mettre en sécurité les biens des voyageurs jour et nuit. Le chef de caravane (le kârwânsâlâr) se devait donc de faire en sorte que les voyageurs arrivent avant le coucher du soleil.

L’architecture et la taille sont les deux critères de classification de ces bâtiments. Ainsi, on peut distinguer trois types de caravansérails urbains et sur les routes.

Le robât est le second type de caravansérail. Il se trouvait hors des villes. Le plan architectural consistait en une cour centrale entourée par une série de chambres. Souvent, il y avait une citerne ou un bassin. C’était un lieu de logement pour une ou deux nuits.

Le sabbat est le genre le plus simple. Il offrait peu de facilités aux voyageurs et convenait pour de courtes haltes. Il était situé hors des villes et surtout sur les routes principales des trajets choisis par les caravanes.  C’était une construction couverte au plan assez simple, qui servait à se reposer. Quelquefois, il y avait aussi une citerne à côté. Plusieurs ont été détruits et il n’en reste presque rien.  Le mot Sabbat est composé de deux parties : « Sa » qui signifie en persan âsâyesh (le confort) et « bat » qui signifie le bâtiment.L

Le caravansérail de troisième type se trouvait à l’intérieur et à l’extérieur d’une ville. Celui qui se trouvait à l’intérieur de la ville et dans le complexe du bazar était nommé Khan ou Sarây.  Le plan du caravansérail pouvait être carré ou rectangulaire.  Son grand portail était imposant. Autour de la cour centrale, des terrasses donnaient accès à des petites chambres destinées au logement des voyageurs. Les iwans sur les quatre côtés de la cour conféraient aux façades un aspect symétrique. Dans les caravansérails construits avec deux étages, les chambres inférieures étaient destinées à stocker les marchandises et celles du haut servaient à héberger les voyageurs.