Ouzbekistan : le Louvre des steppes

Perdue aux confins du désert ouzbek, à quelques encablures de la frontière turkmène, la ville de Noukous abrite pourtant une incroyable collection de l'avant-garde russe.

Collectionneur excentrique, lui-même artiste, le créateur de ce musée hors du commun, Igor Savitsky trouva dans cette modeste cité endormie d'Asie centrale, à plus de 800 kilomètres de la capitale ouzbèke Tachkent, le lieu idéal pour rassembler discrètement des oeuvres  honnies par l'idéologie soviétique.

Igor Savitsky achetait tout ce qu'il trouvait. Des oeuvres remisées dans les greniers, parfois cachées ou sur le point d'être jetées pour échapper à la répression à une époque où, en URSS, seul le réalisme socialiste avait droit. Conséquence logique, la plupart des artistes de la collection Savitsky restent méconnus. Sont exposés ceux qui n'ont pu fuir la terreur stalinienne des années 1930: contraints d'arrêter de peindre, comme Ivan Koudriachov, ou disparus avec les vagues successives de répression à l'image de Lev Gualpérine, fusillé en 1938. Aujourd'hui, Marinika Babanazarova est libre de visiter l'établissement qu'elle a dirigé pendanttrente ans, mais elle y passe peu de temps en raison de ses mauvaises relations avec la nouvelle directrice du musée.

Interrogée sur son oeuvre favorite dans ce musée perdu entre steppes et désert, elle évoque les couleurs de "Vers le train" (1927) de Viktor Oufimtsev, un futuriste russe installé en Ouzbékistan," survivant des sables rouges."