L'art africain

De part et d’autre de la Manche, s’agissant de l’art contemporain d’Afrique, le marché n’évolue pas au même rythme. A Londres, la foire 1:54 a connu, en à peine cinq ans, une croissance supersonique, au point de bourgeonner à New York et à Marrakech. A Paris, AKAA (Also Known As Africa), qui ouvre ses portes au Carreau du Temple le 9 novembre, fait plutôt profil bas. Annulé en 2015 au lendemain des attentats, le salon n’avait pas réussi à décoller depuis son lancement en 2016. « A Paris, le développement prend plus de temps, admet sa fondatrice Victoria Mann. Les collectionneurs français ont besoin d’être sûrs qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille, d’une mode passagère. Le marché parisien est plus complexe à travailler»Des grands noms comme Kendell Geers ou son confrère Roger Ballen, dont le marché est international, restent des exceptions dans un salon qui privilégie surtout de plus jeunes artistes comme l’Ivoirienne Joana Choumali ou la Marocaine Safaa Erruas, et quelques nouvelles découvertes telle Adjaratou Ouedraogo, présentée par Anne de Villepoix. En de petits dessins tendres et faussement naïfs explorant la question de l’enfance, la jeune Burkinabée de 37 ans croque à merveille ces corps et esprits en mutation. Autre coup de cœur, chez Magnin-A, les peintures du Malien Amadou Sanogo qui moquent les gouvernants africains et, plus encore, les gouvernés. Dotés d’instruments de musique mais privés de têtes, ces derniers apparaissent comme des beaux parleurs incapables de raisonner.