25. avr., 2020

Le belvédère

A la façon de Stephen King, je vous propose la lecture d'un roman le Belvédère.... Des extraits choisis seront glissés dans le texte du blog et chapitre après chapître, vous découvrirez l'intrigue de l'histoire. Ainsi, il n'y aura pas de rupture dans le blog qui se poursuivra, quoi qu'il arrive...
Si l'idée vous agrée, d'autres lectures de romans pourront être à l'ordre du jour Noces Chimiques, Cristals Baroques.

 

Le belvédère

J'avais eu de bonnes raisons de penser que Guehenneuc me serait un refuge complaisant.Village mûri de travers au flanc d'un côteau, il recevait de plein fouet des relents d'embruns et leur salinité. La mer était à deux pas. Il suffisait de suivre le cours sinueux de la Fresnaye, petit fleuve côtier s'épuisant avant d'avoir grossi pour se jeter dans un aber impressionnant qui n'était pas sans me rappeler d'autres fjords.

J'avais besoin de me faire oublier quelque temps. Avocat indolent, au prechi-prêcha monotone, je n'avais jamais su émouvoir un tribunal que je considérais, à tort ou à raison, comme impossible à tirer de son apathie héréditaire. Jusqu'au jour où un zèle inconnu me surprit, que la léthargie des juges fût une disgrâce et qu'il me plut d'aller au banc de mes détracteurs chercher un abri compatissant....

Il s'agissait d'élire une terre d'exil où j'irais modestement porter mes pénates. Naturellement, celle de mes ancêtres qui ne m'avait jamais trahi, s'offrit à moi..... Je pouvais vivre sans m'inquiéter du lendemain, sur un pécule qui s'arrondirait des talents d'auteurs de livres techniques..... Je fus alors comme le peintre d'un paysage devant sa toile. L'écart de la jambe formant un angle droit avec  le tabouret vertical qui supportait mes fondements, bien campé de la sorte, je pouvais à loisir contempler l'immobile peinture que l'on découvrait de mon bélvédère; Des journées entières, je retouchais les nuances de lumière et de vent pour suggérer l'écoulement du temps aux antipodes de la patience, ornante la brillance de mes yeux dont les cils trempaient leur pinceau dans les couleurs de l'iris, les vallons bocagers et le filet nacré de la mer, le plus souvernt confondus avec un ciel plus bas que l'eau.

La villa, comme on nomme là-bas encore nos anciennes bâtisses rivées d'âme, construites au début du siècle, dans lesquelles la rouille achève son travail dévastateur faisait de loin songer à un édicule , avec ses clochetons, son campanile et ses murs crénelés qui lui donnaient un air vague de castel d'opérette. Le panorama qu'elle découvrait sur la pente douce du pays s'étirant jusqu'à la baie, avait décidé de son nom. Mes grands-parents l'avaient appelée : le belvédère sans doute en souvenir de l'argument de vente qui avait décidé à son achat, dans les années trente, La vue était imprenable, leur avait-on dit et c'était vrai. ......