Silvina Ocampo

Voici un  passage d'un texte de Silvina Ocampo, qui avec Borgès et Adolfo Bioy Casarès formaient un trio du  "fantastique" : J’ai nagé ou fait la planche durant huit heures, en espérant que le bateau revienne me chercher. Je me demande parfois comment j’ai pu nourrir cet espoir. Je l’ignore vraiment. Au début j’avais tellement peur que j’étais incapable de penser, puis je me suis mise à penser de façon désordonnée : pêle-mêle me venaient à l’esprit des images d’institutrices, de tagliatelles, des films, des prix, des pièces de théâtre, des noms d’écrivains, des titres de livres, des immeubles, des jardins, un chat, un amour malheureux, une chaise, une fleur dont je ne me rappelais pas le nom, un parfum....  J’ai cru que j’étais sur le point de mourir, ....victime du chaos de ma mémoire. Puis j’ai compris, en ressentant une vive brûlure dans mes yeux due à l’eau salée, que j’étais vivante..."