On est alors deux ans après mai 68, et contrairement à ce que l’on a pu croire, les mouvements de mai n’ont pas été des plus féministes. Les femmes étaient toujours reléguées à la cafetière, tapaient les tracts et écoutaient bien sagement (ou pas) des slogans du type : « le pouvoir est au bout du phallus ».

Deux ans après, il est temps de bouger cette société patriarcale. Aux États-Unis, le women’s lib est déjà en marche. Des petits groupes de femmes commencent à se réunir aussi en France. Parmi elles, les « petites Marguerites » qui lancent une mobilisation devant l’Arc de triomphe, en écho à la grand marche organisée par les Américaines à Boston. « On est arrivées, on était une douzaine, certaines sont venues en se cachant le visage, car elles étaient profs, ou sans papiers, c’était risqué pour elles de se montrer. À l’époque, les femmes n’avaient pas l’habitude de se mobiliser  », se souvient Cathy Bernheim. Leur slogan : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme » ou encore « Un homme sur deux est une femme. »  « C’était symboliquement très puissant comme action, ajoute Marie-Jo Bonnet, qui a rejoint le mouvement un peu plus tard. Ces femmes posaient la question de l’exclusion des femmes de la nation. On a fait deux guerres, on n’a jamais récompensé les femmes. C’était ça que l’on posait comme problème », rappelle-t-elle.